Quelques Fleurs New Yorkaises…

En 1986, ignorant qu’un jour nous nous baladerions avec des téléphones qui nous permettraient non seulement de parler mais d’envoyer des textos, de prendre des photos et des selfies, ignorant qu’une révolution technologique changerait à tout jamais notre façon de communiquer et de nous orienter, ignorant que le garçon qui m’avait passé son Guide du Routard de New York deviendrait trois ans plus tard mon mari, je fis confiance au plan de NY glissé dans la poche de mon jean, au fameux guide, mais aussi à mes pas pour me promener dans cette ville dont je ne connaissais rien.

En 1986, New York était impressionnante, bouillonnante d’énergie, futuriste mais aussi vieillotte, en deux mots : complètement exotique.

C’est à New York City que j’ai appris à commander des œufs au plat en anglais. Vous ne trouvez pas que ‘sunny side up’ est tellement mieux que ‘œufs au plat’ ? C’est aussi là-bas que j’ai mangé mon premier hotdog. La cuisine chinoise n’était pas vietnamienne mais coréenne. Les sushis et les pizzas pouvaient se commander par téléphone.

De la nourriture américaine je ne connaissais rien si ce n’est le cheese cake, le chili con carne et le vin Paul Masson servi en carafe chez Joe Allen aux Halles.

Les femmes portaient des baskets dans la rue et le métro, transportant leurs talons hauts dans un sac en plastique. Elles se baladaient dans Central Park avec des lunettes de soleil noir opaque et les hommes avec des casquettes de baseball aux couleurs de leurs équipes favorites. Dans la rue les gens buvaient de l’alcool, la bouteille ou canette cachée dans un sac en papier brun.

Je connaissais la culture américaine à travers sa musique, ses films et ses romans, mais rien ne se compare avec l’expérience vécue.

Le dollar régnait en roi. Onze francs français pour un dollar = un caleçon noir de chez Gap que mes copines parisiennes ont adoré et un peu envié aussi et un pot de beurre de cacahuètes qui les a fait hurler d’horreur.

J’ai trouvé les new yorkais moins snobs que les français. J’ai aimé que d’un pâté de maison à l’autre (c’est aussi à New York que j’ai découvert le sens du ‘block’ américain) le meilleur et le pire pouvaient se côtoyer. J’ai eu la chance de diner à Harlem quand Harlem avait encore une mauvaise réputation.

Un matin mes premiers mots ont été en anglais. Un signe précurseur de ma vie future que je n’aurais pas du ignorer !

Cependant mon coeur battait toujours aussi fort pour Paris et je ne l’aurais pas abandonné pour New York.

Quatre ans plus tard le garçon du Guide du Routard et moi quittions pourtant Paris pour les Etats Unis.

Pendant nos cinq années passées dans le Massachusetts nous sommes allés de nombreuses fois passer un weekend à New York. Avant les attentats terroristes du 11 septembre il était facile de sauter dans l’un des nombreux avions qui font la navette entre Boston et New York. Un permis de conduire présenté à la porte suffisait alors.

De retour en Californie nous ne sommes pas retournés à New York avant l’été 2003, juste après la réouverture de l’hôtel Millenium très endommagé par les attaques du 11 septembre. 2003 marquera le début de nos voyages en voiture et en famille à travers les Etats Unis. Quelle que soit la route empruntée nous avons toujours fait escale à New York.

Pendant de nombreuses années, de notre chambre qui surplombait Ground Zero, nous avons peu dormi, nos nuits étant entrecoupées par le travail constant là où se tenaient moins de deux ans avant les Twin Towers.

Les bulldozers, lents et prudents, s’arrêtaient avec l’espoir d’avoir trouvé la preuve d’une vie interrompue au matin du 11 septembre.

Les voix des ouvriers s’interpellaient au changement d’équipe.

Les lumières des voitures de pompiers et de la police clignotaient à travers les rideaux.

Année après année les bulldozers, les voix et les lumières sont devenus plus sporadiques. Ground Zero s’est transformé pour faire place au mémorial de 9/11 et à son musée. Trop d’émotions me lient à cette journée pour en écrire davantage, si ce n’est de vous encourager à vous y rendre si vous vous trouvez à New York. Le site est très beau. Sobre et serein il offre réflexion et espoir.

Cette année pour la première fois nous sommes allés à New York avec seulement nos deux plus jeunes enfants et l’un de leurs amis, un californien qui n’avait jamais vu la ville.

Pendant que le trio essayait de voir autant de quartiers, de musées et d’adresses mythiques que possible, ni mon mari ni moi ne sentions cette urgence.

Les souvenirs de nos nombreuses visites à New York nous tenaient compagnie.

Est-ce que la nostalgie pour le passé prouve que l’on vieillit ?

Est-ce que c’est idiot de se demander à quoi les villes ressembleront lorsqu’elles finiront par toutes se ressembler?

Est-ce que c’est tout aussi stupide de se lamenter sur la disparition des librairies au profit d’un autre magasin de vêtements ou restaurant ?

Est-ce que c’est triste de préférer les magasins qui évitent de choisir des noms français pour se donner un je ne sais quoi et les restaurants qui ne servent pas de macarons et de crème brûlée?

Les contrastes si saisissants qui rendaient New York si exotique par rapport à Paris s’estompent. C’est un fait.

Et pourtant quand le soir mes enfants et leur ami nous ont rejoint pour diner, j’ai retrouvé dans leurs yeux mon émerveillement, dans leurs récits mon éblouissement.

Ils sont nés aux Etats Unis et connaissent San Francisco, Los Angeles, San Diego et Boston. Mais New York quand même…

Finalement, me suis-je dite, New York n’a pas tant changé.

Son pouls bat toujours à trois cent à l’heure. Les musiciens de jazz jouent toujours dans les caves du  Village Vanguard. Les femmes préfèrent encore le confort à l’élégance et portent souvent des chaussures plates pour la rue et le métro, réservant les talons pour le bureau. Les enfants jouent encore dans les bassins des squares quand le baromètre passe la barre des 35 degrés Celsius. Les taxis jaunes sont aussi nombreux qu’avant (malgré Uber). Times Square regorge toujours de touristes, mais après 23h on entend ses pas résonner sur les trottoirs du downtown. Les new yorkais mangent encore des hotdogs. Les livreurs de pizzas sont autant en demande. Les gens sont encore pressés mais toujours aussi civils.

Tout ce que j’avais remarqué avec étonnement en 1986 est un peu moins évident car notre monde s’uniformise. Mais si on prête attention New York est restée une ville non seulement différente de Paris mais aussi des autres grandes villes américaines.

En souvenir de ma toute première fois à New York où je me baladais au gré de mes pas, sans portable pour immortaliser tous mes instants, je ne voulais pas ajouter de photos à ce billet.

Mais si une chose a vraiment changé à New York c’est la soif de nature de ses résidents. Alors voici quelques fleurs new yorkaises prises pendant mes longues promenades dans la ville.

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Quarante Huit Heures à Charm City

Je dois une partie importante de mon apprentissage de l’anglais américain et de la découverte de la culture américaine à mes enfants. Je leur dois récemment la chance d’explorer, à travers leurs parcours universitaires, des villes américaines où je suis souvent passée trop vite et parfois aussi avec des idées préconçues.

Cette semaine, grâce à l’une de mes filles qui commencera son doctorat à l’université de Johns Hopkins cet été, j’ai redécouvert la ville de Baltimore, la plus importante de l’état du Maryland, où je m’étais arrêtée en 2002 avec ma famille lors de notre premier voyage en voiture à travers les USA.

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Pendant deux jours nous avons parcouru l’une des villes américaines dont le nom est souvent associé au crime, à la délinquance et au danger. Personnellement je me méfie des définitions trop arrêtées et de ce qui semble trop parfait. J’aime les angles et les détours. Dans les villes je cherche les allées à l’écart des boulevards et les pavés un peu bancals. J’aime aussi les villes où la nature me surprend là où je ne l’attends pas. Et je craque toujours pour la présence de l’eau. De préférence la mer, un océan ou une baie ouvrant sur l’océan.

Baltimore répond à tous ces critères et à bien davantage.

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La ville mérite partiellement sa mauvaise réputation. La violence liée à la drogue et aux gangs est réelle et il serait naïf de l’oublier. Plusieurs séries télévisées ont utilisé ce décor de fond qui continue à alimenter la mauvaise image de Baltimore. La plus célèbre est The Wire, un show qui dépeint le milieu souterrain de la drogue et de la violence de la rue associée à son commerce.

Des segments de rues sont voués à la démolition et Baltimore a entrepris un travail colossal de réhabilitation de quartiers entiers. L’essor économique insuffisant dans certaines grandes villes des USA (Cleveland dans l’Ohio, en est un autre exemple) ne tente pas les investisseurs. De plus, malgré l’effort louable de la ville, la récente crise financière et immobilière de 2008 a frappé de plein fouet les villes déjà vulnérables. A Baltimore des centaines de résidents ont perdu leurs maisons et appartements et les façades de ces habitations sont recouvertes de planches bloquant l’accès aux potentiels squatteurs.

Baltimore est pétrie de contrastes si brutaux qu’ils évoquent des plaies à vif qui ne pourraient cicatriser.

Cependant, de la même façon que l’on ne cesse pas de visiter Paris à cause de ses pickpockets, de ses banlieues qui s’enflamment régulièrement, de ses problèmes d’intégration raciale, et de ses arrondissements rouges, il serait dommage de faire l’impasse de Baltimore si on visite Washington DC, par exemple. Il n’y a en effet que soixante kilomètres entre la capitale des US et Baltimore.

Et puis si certaines rues de Baltimore lancent de véritables appels de détresse, d’autres sont empreintes d’un charme fou qui évoque une Amérique ancienne que l’on ne rencontre plus que rarement.

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En ce début de printemps où de courageux rayons de soleil perçaient un ciel bas et gris il était impossible de ne pas croire en des jours meilleurs. Les premières jonquilles et violettes se devinaient à travers l’herbe encore maigre et jaune.

Après la pluie de jeudi après-midi une lumière perlée est tombée soudainement sur le port. Les gens ont levé le nez au ciel et tout le monde s’est mis à anticiper un beau week-end.

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Baltimore est une ville compacte et comme un patchwork aux couleurs et formes variées, ses quartiers sont très distincts les uns des autres tout en créant une unité rarement atteinte dans la plupart des villes américaines. Avec ses 630 000 habitants intra muros and presque trois millions en intégrant les contés voisins, Baltimore est une petite ville dans une grande ville.

 

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Les résultats des efforts mis en œuvre entre la ville et l’université de Johns Hopkins, dont la réputation internationale est sans aucun doute le principal atout, ne sont pas encore tous visibles, mais il est clair que depuis 2002 et malgré les conséquences de la crise de 2008 des centaines de nouveaux magasins, restaurants, businesses et complexes immobiliers se sont créés.

J’ai aimé le côté non ostentatoire de Baltimore et de ses résidents, la lutte évidente entre succès et difficultés, le mélange de modernité et d’histoire (Guerre Civile notamment), la beauté naturelle de la baie de Chesapeake et l’énergie due à la présence des milliers d’étudiants qui ont choisi Johns Hopkins pour leurs études supérieures et la recherche médicale.

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Si vous voulez visiter Baltimore et comprendre un peu cette ville à multiples facettes, j’ai aimé deux livres. Ils ne sont pas traduits en français mais valent vraiment le détour.

 

Walking Baltimore par Evan Balkan offre un parcours pédestre à travers trente-trois quartiers de Baltimore. L’auteur connaît la ville comme seul un local peut la connaître. On sent à travers les descriptions très précises des parcours qu’il propose et des anecdotes qui ponctuent le livre son affection sincère pour une ville parfois mal aimée parce que souvent méconnue.

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The Other Wes Moore par Wes Moore est un livre dérangeant mais aussi plein d’espoir et remarquablement bien écrit. Je l’ai acheté par hasard il y a trois ou quatre ans et je l’ai lu comme un thriller. Depuis il avait du rester à la périphérie de ma mémoire car il a resurgi dès mon arrivée à Baltimore.

Alors que Wes Moore vient d’être honoré Rhodes scholar lors de sa troisième année à l’université de Johns Hopkins, il apprend en lisant le journal qu’un jeune noir s’appelant aussi Wes Moore, ayant comme lui grandi à Baltimore, dans des rues semblables aux siennes vient d’être incarcéré à vie pour complicité dans le meurtre d’un policier hors service pendant le holdup d’une banque.

Le parcours de l’auteur aurait pu être celui de l’autre Wes Moore et de tant d’autres garçons noirs américains issus de familles pauvres, élevés par leur mère, et pour qui la rue représente l’accès à un certain pouvoir et prestige. Wes Moore a aussi été membre d’un gang et trafiquant de drogues lorsqu’il était adolescent. Abasourdi par les points communs qu’il partage avec son homonyme, l’auteur entre en relation avec lui et entreprend une relation de longue durée dont le livre sera le résultat.

Le produit d’heures de conversation et de lettres est un livre honnête et bouleversant dans lequel l’auteur examine huit années de la vie des deux Wes Moore, donne la parole à son homonyme et dresse un portrait sans sentimentalité de la violence qui affecte les jeunes noirs américains, tout en tentant de comprendre les raisons derrière l’échec ou le succès. Ce qui sépare les deux est en effet une frontière poreuse et effrayante.

Le succès actuel de l’auteur, qui après ses études intégrera l’armée américaine et sera déployé en Afghanistan avant de participer à la campagne d’élection de Barack Obama et de devenir conseiller de Condoleezza Rice, est retentissant. Et pourtant il aurait lui aussi pu basculer dans la délinquance.

Plus que le désir et la volonté personnelle de s’en sortir l’auteur reconnaît le rôle essentiel de quelques personnes de son entourage et en particulier de sa mère.

Puisque je me trouvais à Baltimore avec ma fille, ce livre n’a cessé de me hanter. Quel est le véritable rôle que les parents jouent dans la réussite de leurs enfants ? Et particulièrement celui d’une mère ?

Dans le cas d’immigrants les mères apprennent tant par leurs enfants que les rôles sont souvent inversés.

En tant que française d’origine et blanche de surcroit je n’ai pas de réponse à la question que pose Wes Moore et encore moins le droit d’en offrir, je crois. Mais ce livre est l’un des plus marquants que j’ai lu sur ce sujet qui dérange tant aux Etats Unis. Sans doute parce que beaucoup d’américains se sentent concernés mais impuissants.

 

 

En moins de trois jours, je n’ai pu qu’effleurer la surface de Baltimore. Comme un livre que l’on feuillette en se promettant d’y retourner avec plus de temps, je suis certaine que les années à venir vont me permettre de mieux connaître celle que l’on appelle aux Etats Unis Charm City.

Une fois encore je devrai cette chance à l’un de mes enfants.

 

 

Mardi Gras aux USA

Pour Mardi Gras, ma maman faisait les meilleurs beignets du monde. En lisant les blogs de mes copines françaises je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à adorer les beignets, voire même à les préférer aux crêpes !

Depuis que je vis aux Etats Unis je n’ai pas mangé de vrais beignets. Il y a bien les donuts qui me font craquer de temps en temps. Je les ai découverts en Nouvelle Angleterre chez Dunkin Donuts. J’ai vécu cinq ans dans le Massachusetts et j’ai aimé les donuts et les munchkins (le centre des donuts, vendus séparément) avec un petit café au cœur de l’hiver bostonien. Je les retrouve avec plaisir l’été dans le Maine. No offense, les donuts ne sont pas les beignets français de mon enfance.

Alors pour Mardi Gras chez moi aux USA on s’est contentés de crêpes jusqu’à maintenant.

Mais je viens de faire la connaissance d’un couple qui a vécu à la Nouvelle Orléans pendant longtemps. J’en profite pour les bombarder de questions à propos de Mardi Gras.

Pour les américains Mardi Gras rime en effet essentiellement avec la Louisiane et particulièrement avec la Nouvelle Orléans à cause de son méga carnaval.

Rien à voir avec notre Mardi Gras français qui fait très sage en comparaison de la grande fiesta de la New Orléans. Les évènements commencent début Janvier avec l’Epiphanie et se terminent en fanfare avec le carnaval, célébré la veille du mercredi des cendres (Ash Wednesday pour les américains).

Je savais déjà que le fameux King Cake de la Louisiane est en vente entre l’Epiphanie et Mardi Gras.

 

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Ce gâteau saupoudré de sucre violet, vert, et or n’a pas non plus grand chose à voir avec notre galette à la frangipane. En guise de fève c’est un petit bébé en plastique qui est glissé sous le gâteau. On peut être de la Nouvelle Orléans, on n’en est pas moins américain et on fait donc très attention à ce qui peut arriver si on avale malencontreusement un corps étranger. Donc la fève ne se fait pas cuire dans le gâteau. Ce bébé en plastique rose pourrait d’ailleurs sans doute fondre à la cuisson.

Pas de couronne de roi ou reine mais comme en France celui ou celle qui trouve le bébé invitera ses amis ou famille à déguster le gâteau l’année suivante.

Je viens d’apprendre qu’entre l’Epiphanie et Mardi Gras, on se reçoit entre amis. On passe la soirée à manger des crevettes rémoulade, du boudin cajun, un gumbo, et of course le fameux King Cake. On joue aussi à toutes sortes de jeux de société.

Pas de couronne de roi ou reine avec le gâteau, mais comme en France celui ou celle qui trouve le bébé invite ses amis ou famille pour une autre soirée.

L’an dernier je suis tombée par hasard sur un gâteau des rois en provenance de la Louisiane dans un supermarché californien. Je n’ai pas osé l’acheter vu ses couleurs plutôt kitch.

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Cette année je n’ai pas hésité quand j’ai découvert un kit avec presque tous les ingredients en vente à World Market. Je sais, les puristes vont hurler. Je ne suis pas très favorable non plus en général. Mais une fois n’est pas coutume.

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Alors voici quelques photos de mon expérience. Pas sorcier si on sait lire et attendre car le principal est de faire lever la pâte.

 

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A vous maintenant.

Aux US ou en France avez-vous célébré Mardi Gras ? Faites vous sauter les crêpes ou flamber les beignets ? Des pancakes peut-être ? Connaissez-vous le King Cake de la Nouvelle Orléans ?

 

 

Post Charlie

Les attaques terroristes contre la rédaction de Charlie Hebdo et contre une épicerie juive à Paris, entrainant la mort de dix-sept hommes et femmes, dont trois policiers, ont bouleversé à juste titre les français.

Y compris les français vivant à l’étranger qui ont bien sûr partagé les émotions de leur pays natal. Je ne peux pas parler à leur place, mais quant à moi mon cœur bat tout aussi fort lorsque mon avion atterrit à Roissy que lorsqu’il se pose à San Francisco, Los Angeles, ou encore Boston.

Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, j’ai, comme tant d’autres, écrit un billet sur mon blog. A l’inverse de beaucoup j’ai choisi de le rédiger en anglais, sachant que les américains n’avaient jamais entendu parler du magazine satirique.

Les commentaires que j’ai reçus ont été en majorité de la part de mes lecteurs américains. Tous ont montré un soutien qui ne m’a pas surprise ; peu de gens sont plus généreux que les américains.

Rapidement cependant il m’a été facile de remarquer que sur Facebook, par exemple, il était clair que l’action se passait entre français et en français. Beaucoup déploraient le silence et l’absence de soutien des américains. Deux jours plus tard apparaissaient aussi les premiers commentaires d’américains qui se déclaraient ne pas être Charlie. Sur mon blog aussi, j’ai alors lu des opinions divergentes.

J’ai lu tous les commentaires de part et d’autre, et j’ai compris et partagé le malaise des français de l’étranger. Il est parfois difficile de vivre entre deux chaises.

Mais j’ai aussi compris pourquoi les américains préféraient s’abstenir de commenter cette actualité douloureuse et complexe et pouvaient ne pas se reconnaitre à travers le hashtag Je Suis Charlie.

 

Il m’aura fallu l’école américaine pour mettre le doigt sur une différence essentielle et capitale, à mon avis, entre la France et les Etats Unis. Dès que ma fille ainée est entrée en maternelle, elle a appris immédiatement deux principes essentiels à la vie scolaire aux USA.

 

  • le respect des Etats Unis.
  • le respect de tous les élèves de sa classe, quelque soient leurs origines ethniques et leurs appartenances religieuses, et qu’ils soient ou pas nés aux Etats Unis.

 

Tous les matins et jusqu’à la fin des études secondaires les élèves américains récitent The Pledge of Allegiance. Ces paroles de fidélité au drapeau des Etats Unis, de liberté et de justice pour tous les citoyens contribuent, je le pense, à créer un sentiment d’unité entre les élèves.

En tant que française peu habituée aux démonstrations patriotiques, je me suis sentie au début un peu embarrassée. D’abord parce que je ne comprenais simplement pas assez l’anglais. Ma fille s’est empressée de remédier à cela, et j’ai donc rapidement appris The Pledge of Allegiance. Malgré cela, mettre ma main droite sur mon cœur en faisant face au drapeau américain me semblait un peu extrême comme rituel scolaire matinal.

Et puis un matin, j’ai regardé les enfants. De toutes les couleurs, un certain nombre avec des parents qui tout comme moi parlaient une autre langue que l’anglais à la maison, pratiquant des religions différentes, et cependant ensemble dans un pays que tous considéraient sans aucun doute leur maison commune. Alors, presque par magie, je suis aussi devenue l’une d’entre eux.

Vous me direz que ce système éducatif n’est pas parfait puisque les Etats Unis ont également eu leur lot de terroristes Made in America. Timothy McWeigh en est un exemple sanglant. 168 américains, dont de nombreux enfants, ont perdu la vie à Oklahoma City le 19 avril 1995 et plus de six cent autres ont été blessés quand cet américain a bombé les bâtiments du bureau fédéral de la ville.

Pour contrebalancer ce triste exemple, il est important de savoir que les jeunes immigrés arrivés sans papier aux Etats Unis à un très jeune âge, qui aspirent maintenant à devenir citoyens américains, proclament un attachement sincère aux Etats Unis qu’ils considèrent leur terre natale.

Le second principe essentiel aux écoles américaines est l’effort constant des enseignants pour favoriser l’échange entre élèves des coutumes religieuses et simplement culturelles dès le plus jeune âge, sans raillerie et jugement. Cet élément me paraît être également la raison derrière l’ouverture d’esprit unique des américains dans ce domaine.

Je ne dis pas que tous les américains sont libéraux et n’ont pas de convictions personnelles que je ne partage pas. Mais la liberté individuelle, la quête de son propre épanouissement se font tout en démontrant un respect total pour les autres.

Je ne dis pas non plus que tous les enfants et adolescents vivent en parfaite harmonie et que les écoles sont des havres de paix. Mais les établissements scolaires ont mis en place des dispositifs réels pour combattre toutes formes d’harcèlement. Cela semble parfois extrême mais une chose est certaine: enseignants et élèves prennent ces mesures au sérieux.

Et puis bien sûr il y a eu le 11 septembre et la découverte pour beaucoup d’américains des pays du Moyen Orient et de l’Islam.

L’ouverture délibérée vers les américains musulmans ne s’est pas passée, et ne se passe pas encore, sans heurts et tâtonnements. Ce qui est certain c’est qu’elle a aussi eu lieu dans les écoles.

Ce qui explique pourquoi personne aux Etats Unis n’a publié le dessin de Charlie Hebdo.

 

Cela ne veut pas dire que les américains ne soient pas des ardents défenseurs de la liberté d’expression.

Cela ne veut pas dire que les américains ne soutiennent pas la France dans cette période de deuil.

Cela ne veut pas dire que les américains ne condamnent pas les actes terroristes sous toutes leurs formes.

 

Il ne m’aura fallu que quelques jours en école maternelle pour mettre le doigt sur ce qui différencie tant les deux pays qui font battre mon cœur.

Il m’aura fallu par contre de nombreuses années passées sur les deux côtes des Etats Unis, et dans des régions très distinctes, pour comprendre pourquoi les américains ont parfois préféré le silence aux commentaires et aussi pourquoi tous ne se reconnaissent pas comme des Charlies après les attentats de la semaine dernière.

Non seulement je les comprends, mais je ne les blâme pas.

 

De façon intéressante alors que je terminais ce billet hier au soir, je suis tombée sur cet article du Monde, émouvant sur tant d’aspects.

En triant mes photos d’été, je suis aussi tombée sur ce joli meltingpot de coquillages qui me donne envie d’une palette humaine semblable.

 

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Des Champs Elysées à Saint Augustine

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Depuis 1990 le 23 décembre a une connotation unique pour moi.

Ce jour marque mon départ de France pour les Etats Unis.

Une dernière descente des Champs Élysées la veille au soir. Les yeux pas assez grands pour l’éclat insensé de Paris. Le cœur trop serré pour engranger ces derniers instants parisiens.

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Et puis l’impatience.

De retrouver mon mari déjà là-bas.

De découvrir l’inconnu, de voir le jamais vu.

Faire face à deux à ce pari ambitieux frôlant l’inconscience.

A l’atterrissage, mes yeux encore éblouis par la beauté élégante de Paris maintenant complètement sous le choc devant l’exubérance américaine au moment des fêtes.

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Beaucoup de saisons ont passé, mais mon étonnement a peu diminué.

Okay, il est vrai que je suis un peu moins surprise de voir des bébés habillés en costumes d’elfes ou des octogénaires portant des chapeaux de Père Noël.

Une de mes grandes peurs reste cependant de devenir blasée. Pour éviter cela, j’ai eu la chance de déménager de nombreuses fois. Quitter mon petit cocon et voir comment les autres vivent ailleurs m’aide à mieux comprendre et mieux accepter leurs différences.

Ce que j’aime aux Etats Unis c’est que je n’ai pas besoin de passeport ou d’apprendre une autre langue pour me dépayser. Parfois j’ai besoin de voir un drapeau flotter sur le vaste ciel pour me rappeler que je suis toujours aux USA.

Cette année, pour accommoder les agendas différents de toute ma petite famille qui grandit, nous sommes dans le Nord de la Floride pour la période des fêtes.

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Je pensais avoir fait le tour des lumières de Noël. Of course, je m’étais trompée.

Flager College, St.Augustine, Floride

Ce 23 décembre 2015 est tout aussi magique qu’en 1990.

Historic Saint Augustine, FL

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Saint Agustine, Floride

Saint Augustine, FL

 que vous soyez cette année pour célébrer les fêtes, je vous souhaite de beaux moments pleins de lumière.

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Un Thanksgiving Pas Comme les Autres

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Je pensais vous offrir pour Thanksgiving un billet léger avec au menu…mon menu de Thanksgiving.

Parler cuisine m’a semblé inapproprié. Vanter les talents de mon mari Grand Chef et les miens (un peu plus modestes) de pâtissière franco américaine m’a paru déplacé. Disons que le cœur n’y était plus complètement.

Peu importe notre opinion sur la décision du grand jury de ne pas inculper le policier de Ferguson dans la mort de Michael Brown, personne aux Etats Unis ne peut ignorer que les conséquences sont profondes.

Dès la seconde où les news ont annoncé le résultat des délibérations, les rues de Ferguson s’embrasaient. A Los Angeles où je me trouvais lundi soir, des dizaines de voitures de police bloquaient les sorties jugées à risque sur la Highway 10. LAPD se préparait à ne pas revivre un deuxième Rodney King.

L.A. m’était une ville complètement inconnue début 1992. Je déchiffrais encore les journaux, mon dictionnaire à la main. Je m’en souviens cependant encore.

Depuis ce printemps sanglant beaucoup de chemin a été parcouru et il serait triste de ne pas le réaliser. Mais il serait aussi naïf de croire que nous sommes arrivés.

En ce long week-end de Thanksgiving où des millions d’américains se retrouvent en famille et entre amis pour partager nourriture et moments de simple bonheur, dans la paix de leurs maisons, la violence qui s’est emparée de Ferguson dès lundi soir et les manifestations d’opposition qui ont suivi dans de nombreux états américains ne correspondent pas à l’image paisible que l’on voudrait avoir de cette célébration.

Alors que Thanksgiving rassemble, les jours qui l’ont précédé divisent.

Si mon billet devait vous mettre l’eau à la bouche avec mon menu de famille, le titre reste cependant celui que j’avais prévu.

Ce Thanksgiving n’est en effet pas comme les autres. Ma petite vie a aussi changé depuis que mon fils est à l’université. Tout changement est accompagné de sentiments mitigés. Après quatre enfants proches en âge, j’ai besoin d’un peu de temps pour apprécier le calme qui m’entoure. Une machine à laver par semaine et encore. Un lave-vaisselle si vide que vraiment laver à la main va plus vite. Quand suis-je allée faire un plein de courses? Je veux dire, un vrai plein avec des maxi boites de céréales, des kilos de bananes et des pots d’un kilo de confiture de fraise?

Davantage de temps pour lire et écrire sans être interrompue et davantage de temps pour rêver aussi sont les vrais cadeaux que nous offrent nos enfants quand ils partent à l’université.

Et puis la surprise de changer de rôle et d’être l’invitée à la place de l’hôtesse.

Pour la première fois Thanksgiving se déroulera cette année chez l’une de mes filles.

Ce n’est pas mon premier Thanksgiving et vous pouvez lire ici et , si le cœur vous en dit, pourquoi j’aime tant cette fête.

En tant que parent on transmet parfois toutes sortes de choses à ses enfants sans vraiment s’en rendre compte.

Alors que ma fille nous invite et que chacun d’entre nous a contribué à la création de notre menu, je surprend mes enfants à parler entre eux de ce qui se passe à Ferguson et sur les campus de leurs universités. Je me surprend à être heureuse (un peu fière aussi) de réaliser que pour eux aussi Thanksgiving est bien plus qu’un jour férié.

D’une fête qui a d’abord laissé leur maman perplexe alors qu’elle se demandait à quoi pouvait bien ressembler des yams et si la gelée de cranberries en boite c’était vraiment mangeable, mes enfants ont retenu l’essentiel.

Yams

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Un pays développe une histoire autour d’évènements collectifs. Il est difficile de faire l’unanimité quand une nation est composée de cinquante états si différents géographiquement, socialement, et économiquement.

Thanksgiving est sans doute ce rare jour où tous ceux et celles qui vivent aux Etats Unis partagent pour vingt quatre heures ce sens d’unité si unique à ce pays et expriment collectivement leur reconnaissance.

Ce Thanksgiving 2014 n’est pas comme les autres.

Il est difficile de faire comme si de rien n’était, de prétendre que nous sommes vraiment unis, et de prononcer des mots habituels de gratitude et de reconnaissance.

Si à la place nous exprimions nos vœux pour que notre marche vers cette unité continue sans relâche ?

Où que vous soyez, je vous souhaite un Thanksgiving de paix.

 

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P.S#1. Dans mon roman Chronicles From Château Moines Scott questionne la guerre du Vietnam et se bat avec ses moyens de pré ado pour combattre la violence, alors que Sylvie se demande si on doit d’abord être en paix chez soi pour parler de la paix dans le monde.

P.S#2. Pour terminer sur une note légère, je confirme les réels talents culinaires de mon mari. Un vrai Chef. Et je travaille toujours sur mes talents de pâtissière franco américaine.

 

 

 

 

La Toussaint or The Day of the Dead

Yesterday I wrote about my American Halloween experiences and how my first one was so foreign that I could have been E.T. for all I know.

On the other hand, if there is something foreign to the American people it is La Toussaint or the Day of All Saints. Also called Le Jour des Morts or The Day of the Dead, this day, celebrated on November 1 all over France, honors all dead people.

Traditionally families visit the cemeteries where their loved ones are buried and leave a pot of chrysanthemum on the graves.

I still remember carrying pots of chrysanthemum in my mittened hands to a small Normandy cemetery where all of my mother’s relatives are buried. I had only known my grandmother and great grandmother, but my mom took us on a lengthy tour and made sure that each and every grave was flowered with chrysanthemums. Later that day we would also visit my father’s relatives’ cemetery and proceed with the same small ceremony. French children and even university students are on break for this celebration.

In my novel Chronicles From Château Moines, Scott’s father takes advantage of the Vacances de la Toussaint to work with his son and daughter on the opening of Hollywood Follies, his clothing store.

As a cultural anecdote, when the first time my mom saw my potted mums on my patio, she was shocked.

“It’s morbid,” she said. “Chrysanthemums are for cemeteries.”

“Here, we call them ‘mums,’” I explained, but based on the frown of my mother’s face I could see that the plants that stay in bloom in California as long as you live above freezing temperatures weren’t a symbol of fall for my mother.

She would even be more shocked when a friend of mine, invited for dinner, showed up with a pot of chrysanthemum.

Ça ne se fait pas,” she whispers.

“Here,” I insisted, “it’s perfectly okay to offer chrysanthemums.”

My mother didn’t comment, however I knew that my friend’s well-intended gift would not work for my maman.

 

Today she and my sister will visit the cemetery where my father is now buried, too. They will bring chrysanthemums on his grave.

Here in the States they are bleeding red, orange and gold.

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From her great blog Mona has posted an interesting post about Dia de la Muertos, a Mexican celebration of the dead, starting on November 1.

Few books have been written on the topic and even fewer for children. My favorite happens to be also one that Mona likes. Just a Minute by Mexican-American author Yuyi Morales is an unusual picture book that is both a pleasure for the eyes and tells in a unique way of the tradition of The Day of the Dead in Mexico.

 

 

 

 

Franglais Halloween

 

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Pour la première fois depuis que je suis arrivée aux USA, mon Halloween sera sans enfants. Toutes ces citrouilles, ces déguisements, ces bonbons…

Beaucoup de souvenirs que je vous livre pour une fois en anglais et en français.

 

For the first time since I moved to the USA, my Halloween will be sans children.

All those pumpkins, costumes, candies …

Many memories that I share, for once, in both English and French.

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Quand mes enfants étaient petits, nous lisions toujours une histoire d’Halloween avant de partir faire trick or treat.

Shy Mama’s Halloween est l’un de mes albums préférés. L’histoire explore le choc culturel ressenti par une maman récemment émigrée de Russie aux Etats Unis au moment d’Halloween.

Publié en 2000 ce livre illustre les sentiments mitigés des mamans qui atterrissent dans un pays aux coutumes différentes.

Le monde est devenu beaucoup plus global et les différentes traditions culturelles sont mieux connues ailleurs.

Cet album parlera donc sans doute un peu moins aux plus jeunes mamans pour qui la fête d’Halloween n’est plus un concept étranger.

Mais lorsque je suis arrivée de Paris en Californie, j’aurais pu choisir de me déguiser en E.T. pour mon premier Halloween. Je me sentais vraiment sur une autre planète.

Et vous, fêtez vous Halloween ? Comment vivez vous cette journée?

 

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When my children were little, we always read a Halloween story before going trick-or-treating.

Shy Mama’s Halloween is one of my favorite picture books about Halloween and the cultural shock lived through the eyes of a recent immigrant Russian mom.

Published in 2000 the story describes the mixed feelings of mothers who arrive in a country so unlike their native land.

The world has become more global and everywhere people know about different cultural traditions.

This picture book won’t maybe resonate as much with younger moms, familiar with Halloween.

But when I arrived from Paris to California, I should have dressed as E.T. for my first Halloween. I really felt on another planet.

 

Do you celebrate Halloween? How do you live that day?

 

 

 

 

 

 

 

Montréal, mon Petit Paris en Amérique du Nord

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L’un des avantages à ne plus avoir d’enfants à plein temps à la maison, même s’ils me manquent beaucoup, est de pouvoir accompagner mon mari en voyage d’affaires – une première depuis plus de vingt ans. Même l’expression ‘voyage d’affaires’ sonne comme une première à mes oreilles, moi qui l’ai vu partir tant de fois depuis que nous vivons aux USA en ‘business trip.’

Donc pour fêter tous ces moments exclusifs, je suis allée pour deux jours avec lui à Montréal.

J’ai déjà écrit sur Montréal. Mon mari et moi avons été tentés régulièrement de nous y installer. A défaut de sauter le pas nous avons essayé de convaincre l’une de nos filles, acceptée à McGill, d’intégrer l’université. Mais nos enfants sont plus américains que leurs parents cosmopolites, alors Montréal est resté notre petit Paris en Amérique du Nord.

Il y a beaucoup à aimer à Montréal.

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La ville, de taille tout à fait humaine par rapport à la majorité des grandes villes d’Amérique du Nord, se visite très aisément à pied, un vrai régal dont je ne me lasse pas.

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Musées, galeries d’art, festivals et spectacles, dont le célèbre festival de jazz au début de l’été, boutiques de créateurs de mode, il y a de quoi se cultiver, s’amuser et faire du shopping de qualité. Pour les filles/femmes qui me lisent, les chaussures et les sacs sont vraiment super beaux à Montréal. Les cuirs et les couleurs me rappellent la France mais aussi l’Italie. Difficile de ne pas craquer. L’art de la rue est typiquement nord américain; un mélange urbain et écolo.

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Pour les français, Montréal est aussi un paradis gastronomique. Pour ceux et celles qui vivent aux USA et sont habitués à des cuisines du monde entier, Montréal reste originale car les vagues successives d’immigration n’ont pas été exactement semblables à celles des Etats Unis.

La communauté portugaise, par exemple, est beaucoup plus importante à Montréal que dans n’importe quelle ville des Etats Unis.

Le café Ferreira sur la Rue Peel exemplifie la cuisine portugaise et ce restau à l’ambiance vivante mais suffisamment intime pour une soirée à deux, est devenu notre table préférée à chacun de nos passages à Montréal. Un vrai bonheur pour les amoureux de cuisine portugaise moderne et aussi pour les exilés en manque de cuisine française. Entre les petites sardines grillées, le lapin en cocotte (pour mon mari, car je préfère les poissons à la viande), le foie gras (interdit à la vente dans les restaus californiens) les petits vins du Portugal, et les portos exceptionels, plein de bonnes choses difficiles, voire impossibles, à trouver aux USA.

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L’accueil et le service sont toujours parfaits. Cette balance entre gentillesse, attention, simplicité, et humour est unique à Montréal.

C’est ce mélange entre humour français en moins caustique, service efficace à l’américaine en plus personnalisé qui me fait adorer Montréal.

 

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Pour une française/américaine qui aime les livres, Montréal est aussi un pur bonheur.

Entre la librairie Gallimard installée Boulevard Saint-Laurent, les boutiques Archambault – Fnac française – les librairies Indigo et Ulysse, et d’autres librairies indépendantes, je me sens loin de mon Amérique où les librairies disparaissent à vitesse grand V.

Un détail qui toujours me surprend dans les librairies de Montréal : Les livres écrits en français par des auteurs français sont classés dans le rayon Livres Etrangers avec les livres traduits en français. Les auteurs québécois sont rangés dans une section à part. C’est un classement logique, mais cela me fait toujours drôle en tant que française, entourée de gens qui parlent français, de voir Emmanuel Carrère, Patrick Modiano, Alexandre Jardin, par exemple, à côté de John Irving, Jody Picoult, Lee Child, auteurs traduits en français pour le lectorat québécois.

Ce que j’aime aussi à Montréal c’est de trouver facilement des auteurs beaucoup moins mis en avant aux USA. Par exemple Haruki Murakami et la littérature japonaise en général.

La BD, le parent pauvre de la littérature américaine, est aussi très bien représentée à Montréal. Un régal pour les fans qui ne veulent pas aller jusqu’en France faire le plein.

Pendant que je déambule dans les rayons bouquins, mon mari cherche les DVD français les plus récents. Déception depuis notre dernière visite, ce rayon a diminué de façon spectaculaire, preuve que la majorité des gens n’achète plus ses films en magasin et les regarde sur écran d’ordinateur ou tablette.

Côté musique le Québec est un mélange étonnant entre la vieille chanson française, voire très vieille chanson – j’ai vu un CD de Fernandel !- les grands chanteurs québécois et les plus jeunes artistes des deux continents. La scène américaine est aussi très présente mais je ne vais pas à Montréal pour acheter Bruce Springsteen. Je reviens avec Garou mais aussi avec Guillaume Durand, la Grande Sophie, Grand Corps Malade et Stromae.

Artistes français ou européens difficilement, voire impossibles, à trouver aux States.

Bien sûr, Montréal pour moi, c’est avant tout ce mélange unique entre ma langue natale, un vocabulaire typiquement québécois parsemé de quelques mots d’anglais, qui me fait fondre à chacun de mes voyages.

 

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Les résidents de Montréal, décomplexés et civils comme des américains, moins froids et critiques que des français, mais partageant avec eux un goût certain pour l’élégance vestimentaire, les petits cafés restaus, me donnent à chaque fois l’envie de rester davantage.

Comme pour me rappeler que je ne suis qu’en visite, le soleil se fait pâle derrière les arbres déjà dénudés, un vent frisquet dévale la Rue Sainte-Catherine, les trottoirs luisent sous la pluie d’octobre et les bateaux ont déserté les quais du Saint-Laurent.

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Il est temps de redescendre vers les Etats Unis et de dire comme on dit à Montréal, « Au revoir, bye. »

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https://www.gallimardmontreal.com/en

L’Espoir de l’Automne

Le petit frère. The little brother. Le bébé. The baby.

Mon fils sera toujours cela pour ses sœurs et ses parents.

Alors qu’il vient de vivre sa première semaine à l’université je sais qu’il n’est pas seulement le petit dernier derrière trois grandes sœurs.

Il est le dernier à quitter la maison familiale pour vivre sa vie d’adulte. Son départ est une porte qui se ferme sur les chapitres paisibles de l’enfance et ceux plus turbulents de l’adolescence.

Le départ de mon fils pour l’université en ce début d’automne marque aussi l’automne de ma vie.

Cette saison, ma préférée de toutes, rassemble cette année les essences d’un parfum évoquant la pluie, avec la mélancolie mais aussi l’espoir qui l’accompagnent.

Comme les écureuils qui se préparent pendant l’automne, cachant avec soin les glands qui leur seront si précieux pendant l’hiver, je fais le plein des moments de bonheur de ce dernier été alors que j’étais encore une maman à plein temps.

Au milieu des souvenirs familiaux de déjeuners en plein air, de ballades sur la plage, de livres lus et relus, de promenades en canoë, de diners aux chandelles, me reviennent aussi des instants fugitifs, vécus avec des gens de passage.

 

L’homme conduit un énorme pick-up et traine une tout aussi grande remorque. A la station service il bloque l’accès aux pompes. Sans un mot, mais avec précision, il guide mon mari qui parvient à glisser notre véhicule vers la pompe du milieu. Un hochement de tête conclut le deal. Quand nous partons il n’a pas encore fini de faire le plein et lève la main en signe d’adieu.

Nous sommes à Natchitoches. Etablie par Louis Juchereau en 1714, c’est la ville la ville la plus ancienne de Louisiane.

 

« Pour votre frigo, » me dit le chef du restaurant chinois en me glissant une carte de visite magnétique. «  Et revenez vite, » ajoute-t-il avec un sourire immense.

Nous sommes à Tyler, dans une petite ville à l’est du Texas.

 

«C’est mon sapin d’automne, » me dit le propriétaire du petit restaurant mexicain.

Dans l’entrée se tient en effet un sapin artificiel décoré de guirlandes orange, de boules en forme de citrouilles et de petits épouvantails.

« Je change les décorations pour chaque saison et les grandes fêtes, » ajoute-t-il avec un sourire. « Et les petites entre deux. »

« C’est sympa, » lui dis-je.

« Je le fais pour les gens, » dit-il. «  Tout le monde aime ça. »

Nous sommes à Santa Rosa, au Nouveau Mexique.

 

Tous ces moments ordinaires qui ne font que passer sont pourtant restés dans ma mémoire. Au milieu du tumulte généré par les news, de tout ce que l’on dit et écrit de négatif sur le comportement des autres, je trouve ces rencontres à peine ébauchées porteuses d’espoir.

 

Pendant les trois mois d’été j’ai aussi pris beaucoup de photos. Je remarque en les triant de nombreuses petites allées qui symbolisent pour moi les possibilités pleines d’espoir qui s’ouvrent en ce début automne.

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Au bout de ma petite allée personnelle, il y a l’arrivée prochaine de Chronicles From Château Moines, mon roman pour enfants.

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J’espère que vous m’accompagnerez sur le chemin de sa sortie.

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En attendant, où que vous soyez, je vous souhaite un très bel automne.

 

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