Que la Montagne Est Belle

Une Photo, Une Histoire…

Pour une enfant grandissant en Normandie, la montagne était un mot exotique évoquant des paysages complètement inconnus. J’ai vu la montagne pour la première fois à l’âge de douze ans en Haute-Savoie. L’un de mes oncles s’était installé dans un petit village aux pieds du Mont Salève. Les enfants se donnaient rendez-vous au cœur du village, près d’une fontaine où buvaient les troupeaux de retour des pâturages. Mes cousines et moi allions à pied acheter du chocolat en Suisse. Il y avait un douanier dans une petite guérite. Nous passions la frontière, les lèvres barbouillées de chocolat que nous mangions le plus souvent sur notre chemin de retour plutôt que de la partager avec nos sœurs ou de nous faire attraper par nos mamans. Les enfants du village se repéraient en parlant de collines et de monts et se demandaient comment nous pouvions nous y retrouver dans notre Normandie si plate par rapport à leur terrain de jeux. Il a plu pendant trois semaines cet été là, et le Mont Blanc ne m’a pas vraiment bluffée. Et pour cause : Un brouillard digne d’un hiver normand le masquait complètement.

Par la suite je suis allée camper avec mes parents et ma sœur en Auvergne et dans les Pyrénées. C’est près de Lourdes que j’ai découvert le plaisir de la randonnée en montagne. Une famille grenobloise avec laquelle mes parents avaient sympathisé m’a proposé de me joindre à eux. J’avais quatorze ans, aucun équipement, et j’en ai bavé. Cependant quand le soir, dans mon sac de couchage, les images de la journée ont défilé derrière mes paupières lourdes de sommeil, je n’ai eu qu’une envie : recommencer. Un vrai miracle, quoi !

Il m’aura fallu attendre de nombreuses années et un autre continent pour retrouver l’intensité de ce plaisir étrange que l’altitude procure à certains.

C’est en emménageant tout près du Parc National de Yosemite en Californie Centrale que j’ai retrouvé les émotions intenses que m’avait procuré la randonnée en montagne de mes quatorze ans.

Ma première longue marche dans Yosemite a été vers le sommet de Half Dome.

Équipée cette fois ci de chaussures décentes, d’un sac à dos adéquat, de lunettes de soleil, d’un chapeau, de barres de céréales, de sandwiches, de litres d’eau, et d’un appareil photo, j’avais tout prévu pour réussir cette journée.

En réalité le premier mile (1,6 kilomètre) a failli me faire abandonner. Mon appareil photo s’était déchargé pendant la nuit passée dans la vallée avec mes copines de randonnée. J’avais prévu trop à manger. J’ai proposé de l’eau à tous les randonneurs croisés sur mon chemin pour me délester du poids de mon sac. J’ai envié celui qui grimpait sans sac à dos, sans chaussure, et torse nu. C’est fou ce qu’on rencontre de gens étonnants en montagne. J’ai réalisé une heure avant le sommet que je devrais parcourir le dernier mile à la force de mes bras, me hissant à l’aide de câbles épais jusqu’au sommet mythique. J’ai maudit mes copines, les habituées, de m’avoir caché la difficulté de cette escalade. Je les ai aussi remerciées plus tard. Je ne serais sans doute jamais allée jusqu’au sommet si elles m’avaient décrit précisément les vingt-sept kilomètres. Cela aurait été très dommage, ne trouvez-vous pas ?

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Toute première fois laisse une empreinte indélébile sur nos mémoires. Depuis ma première ascension je suis retournée quatre fois au sommet de Half Dome, dont une fois la nuit, rien que pour voir le soleil percer l’horizon à cinq heures du matin.

Yosemite fut la maison des Ahwaneechee pendant des milliers d’années avant que les Miwok ne s’y installent.

Et la mienne à chacune de mes visites.

De là-haut que la montagne est belle.

 

Est-ce que l’un des français/française qui me lit aimerait participer?

Les règles du challenge Cinq Photos, Cinq Histoires sont simples :

  • Une photo et un texte associé à la photo pour cinq jours consécutifs.
  • Le texte et sa longueur sont laissés au choix du blogueur/blogueuse.
  • Contacter un autre blogueur/blogueuse pour continuer le challenge. Aucune obligation, bien sûr.

Would anyone who reads me like to participate?

The rules of the Five Photos, Five Stories Challenge are simple:

  • Post a photo each day for five consecutive days.
  • Attach a story to the photo. It can be fiction, non-fiction, poetry, or a short paragraph. It’s entirely up to the individual.
  • Nominate another blogger to carry on the challenge. Your nominee is free to accept or decline the invitation. This is fun, not a command performance!

Chez moi Dans la Montagne

“Thousands of tired, nerve-shaken, over-civilized people are beginning to find out that going to the mountains is going home; that wildness is a necessity…” –John Muir, 1898

Maintenant que la prom est derrière nous – avec les garçons c’est tellement plus simple! – et que les examens de fin d’année sont encore dans plusieurs semaines, c’est le bon moment pour préparer une ou deux belles randonnées à Yosemite.

Lorsque ma famille a emménagé ici il y a dix ans, nos quatre enfants étaient très jeunes et suivaient sans discuter leurs parents pendant six ou sept miles (10 à 11 kilomètres). Cela nous a permis de collectionner les randonnées les plus faciles mais aussi une ou deux moins fréquentées par les touristes.

Une des plus spectaculaires est Chilnualna Falls. Au printemps – un peu plus tardif que dans les collines où je vis – la cascade coule à flot. La première fois que nous avons fait cette ballade, pour la fête des Mères, mon fils avait six ans et des années plus tard j’ai réalisé à quel point il était un excellent marcheur. Il faut dire que je gardais toujours à portée de main toutes sortes de petites choses à grignoter et à boire et qu’il me croyait quand je lui disais que oui nous étions presqu’arrivés.

Dans les années qui ont suivi nous avons fait toutes les ballades dans la vallée de Yosemite – à pied et à vélo – évitant l’été et les longs week-ends que nous laissons aux randonneurs du nord et du sud de la Californie.

Yosemite hors des foules c’est le paradis sur terre, mais quand les routes sont encombrées et qu’on doit faire la queue pour entrer, c’est comme la périf à Paris. Trop c’est trop.

Le bonheur, quand on vit aux pieds du parc le plus visité du pays, c’est de pouvoir y aller quand l’envie nous en prend et en ce qui me concerne c’est un peu comme avec le ménage, rien ne vaut le printemps. Dès que Tioga Pass – le col qui permet l’accès à ce que l’on appelle ici le High Country – est ouvert, les pieds me démangent.

Cette année nous avons eu très peu de pluie, trop peu disent les anxieux, et peu de neige, juste assez pour du ski agréable.

Le col devrait ouvrir mi mai soit au moins deux semaines plus tôt que la moyenne. Il y a deux ans il n’a ouvert qu’en juillet à cause des précipitations exceptionnelles sur la région et la Californie en général.

Mon projet cette année, maintenant que j’ai fait Half Dome cinq fois – y compris la nuit – et Clouds Rest trois fois, est de découvrir Gaylor Lake pour la vue que l’on dit super, super belle. C’est une courte ballade (deux heures) donc le plan est de continuer et de faire Waterwheel Falls (18 miles aller retour). C’est une cascade moins visitée que les plus populaires (Vernal, Nevada, Yosemite).

Je suis chez moi dans ces paysages qui me font rêver aux débuts des temps quand notre planète était éclaboussante de beauté sauvage et effrayante. Toute neuve.

Etre dans Yosemite avant de croiser trop de chaussures de SAM_0992SAM_0281HPIM5983-1HPIM5813-1HPIM5570-4HPIM4690-1marche c’est un luxe qui devient rare pour la plupart d’entre nous.

Une bonne raison pour en rêver ce soir, en clignant des yeux dans la lumière qui précède le coucher du soleil et couvre la montagne d’un voile bleuté.

Je ne résiste pas à intégrer quelques photos de ballades passées.

Régalez vous!

Automne Californien

Les décorations et costumes d’Halloween sont apparus depuis que la rentrée scolaire est faite – mi-aout pour la plupart des contés a travers la Californie – mais personnellement l’envie de l’automne et des ses célébrations n’arrive qu’avec des températures en dessous de 30 degrés Celsius.

Après quelques jours de canicule, synonymes de la version californienne de l’été indien, un début d’automne s’annonce timidement. Pour célébrer ce changement précurseur – nous l’espérons tous ici – de la saison des pluies, je me suis offert une randonnée en montagne.

Après Labor Day week-end – le premier week-end de septembre – Yosemite National Park retrouve la paix et le silence qui le rendent si extraordinaire. Le parc est divisé en deux pour ceux et celles qui aiment l’explorer : la vallée, la majorité des visiteurs s’y rendent pour admirer les cascades qui font la réputation de Yosemite, et le « back country » ou « high country » pour les amoureux des sentiers moins battus.

Mis à part Vernal et Nevada, les cascades de Yosemite sont saisonnières et après l’hiver très sec que nous avons eu l’an dernier, elles sont taries. Pour les remplacer, restent les lacs qui ne sont pas saisonniers.
Ostrander Lake est l’un d’entre eux. Ses trois avantages restent sa proximité de l’entrée sud du parc – qui est la plus proche de chez moi – son niveau de difficulté relativement facile et sa distance très modérée par rapport à la majorité des randonnées dans Yosemite.
Le sentier qui mène au lac est de 6 miles soit presque 10 kilomètres. Mais les 20 kilomètres aller-retour traversent un terrain varié ce qui est rend l’escalade intéressante. Les premiers quatre kilomètres se font à travers un paysage forestier que j’imagine superbe après la saison des pluies et la fonte des neiges. La flore dans Yosemite est spectaculaire au printemps. Le terrain devient plus escarpé vers la fin de la randonnée, mais cela reste une randonnée accessible à n’importe quel marcheur décent. On monte doucement en altitude et c’est nettement plus agréable que le début de Half Dome, par exemple.
Et puis, le lac se découvre soudainement, alors que rien ne l’annonce et c’est indiscutablement un moment de réel bonheur.
Des mots clichés viennent à l’esprit : lové dans un écrin de pierres et de sapins. Mais c’est exactement comme cela que le lac apparaît.
L’hiver, l’accès se fait en ski de fond et un refuge permet, avec réservation, de passer la nuit.
Cela fait rêver mais depuis mon accident de ski d’il ya deux ans, je préfère le plancher des vaches.
Hier il n’y avait personne sur le chemin et seulement trois femmes qui déjeunaient les pieds dans l’eau.
C’est dans ces moments là que je réalise l’immensité des Etats Unis. Tout comme lors de mes voyages estivaux d’ouest en est et vice et versa, ce pays ne cesse de me donner le vertige.
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