Une Nature Indomptée

Depuis mon retour de Yosemite le week-end dernier, une autre personne, qui a campé dans l’un des sites du parc, vient de mourir des suites de l’Hanta virus.
Une variété de souris sont porteuses du virus. Leurs excréments et urine, respirés par un être humain peuvent le rendre malade voire provoquer sa mort. 
Au jour d’aujourd’hui huit personnes ont trouvé la mort après un séjour dans le Curry Village, 
le camping le plus populaire pour les randonneurs qui veulent atteindre le sommet de Half Dome, ou tout simplement pour ceux qui préfèrent la vie rustique au confort des cabines et hôtels avoisinants et les prix plus raisonnables du magnifique Ahwahnee Hotel.
Je ne suis restée qu’une fois dans l’une des tentes/cabines qui sont maintenant une par une démontées et fermées sans date de réouverture.
Le confort était bien sur rustique mais la propreté impeccable. Je ne suis jamais restée lors de mes nombreuses autres randonnées, préférant pour le confort de mon lit, quitter ma maison très tôt le matin.
Les nouvelles sont tristes parce que le parc reste l’un des plus beaux endroits que j’aie jamais visités, parce que la région vit du tourisme américain et étranger, et surtout parce que mourir en visitant la nature semble particulièrement injuste.
Régulièrement des visiteurs perdent la vie à Yosemite, mais toujours en ayant pris un risque non apprécié, souvent en bravant les forces de la nature, qui dans ma modeste opinion, nous domineront toujours.
Mais en ce qui concerne les neuf personnes qui ont été affectées par l’Hanta virus, elles n’ont rien fait pour mettre leur vie en danger.

Ce matin, comme presque tous les dimanches, j’ai marché avec l’une de mes amies. Nous avons parcouru nos huit kilomètres hebdomadaires en plus des plus courtes distances que nous parcourons seules le reste de la semaine. Nous nous entrainons ensemble lorsque nous préparons une randonnée dans Yosemite. Half Dome, Clouds Rest, Upper Yosemite Falls, autant de noms qui font rêver et ne peuvent être vraiment appréciées qu’après une longue marche épuisante mais récompensée par des paysages hors du commun.
Ce matin, nous avons parlé d’une belle randonnée pour le dernier weekend de septembre. Le lac Ostrander, qui s’atteint à partir de Glacier Road, l’un des points les plus photogéniques et les plus photographiés dans Yosemite, se présente comme une belle promenade, longue mais assez plate.
Pour le printemps, Waterwheels Falls, à partir de Tuolomne Meadows nous tente beaucoup.
Ni l’une ni l’autre n’avons fait ces deux randonnées.

Les nouvelles de l’Hanta virus nous rendent plus hésitantes, ou en tous cas, plus que jamais conscientes de notre vulnérabilité dans une nature peut-être très visitée mais jamais domestiquée.

Epater et Faire Craquer une Parisienne

Lorsque je suis arrivée aux USA, tout m’apparaissait nouveau et par conséquent excitant, même ce qui était choquant pour la française que j’étais.
Au fil du temps le dépaysement des premiers moments s’atténue et l’extraordinaire cède la place à l’ordinaire. Les visites de me parents et famille m’ont longtemps permis de voir les Etats Unis à travers leurs yeux étonnées. Mais leurs séjours se sont espacés, et c’est moi qui maintenant redécouvre ma France natale en leur rendant visite.
Alors quand la possibilité de faire découvrir la Californie à quelqu’un qui ne la connaît pas se présente, c’est une chance que je ne laisse pas passer.
Au cours de ce long weekend de Labor Day (fête du travail aux USA, toujours le premier lundi du mois de septembre) ma famille a reçu la fille d’une très ancienne copine de fac qui vient étudier pour un an à San Francisco. Et à travers ses yeux j’ai revécu le temps d’un weekend mes premiers jours de vie en Californie.
Son émerveillements devant la beauté naturelle de Yosemite et de la côte entre Monterey et San Francisco, sa curiosité par rapport au comportement amical et courtois des américains, et ses efforts pour mieux comprendre la langue et la culture américaine m’ont ramenée des années en arrière quand tout était une découverte de tous les instants.
Je n’ai eu aucun mal à partager son enthousiasme naïf et sincère. Je me souviens encore du mien.
Mais ce qui était nouveau était de pouvoir parler de ce pays qui est maintenant le mien avec fierté et émotion.
Je n’avais pas d’iPhone, pas de MacAir, ni même d’adresse e-mail en 1990, et si cette jeune française pouvait en un clic envoyer à sa famille des photos et textos illustrant ses découvertes reflétant l’évolution foudroyante des vingt dernières années, ce qui n’avait pas pris une ride restait l’essentiel.
Découvrir un monde qui n’a rien, ou si peu, en commun avec celui dans lequel on a grandi reste une expérience inoubliable.
Même si la France s’est américanisée et que les américains mangent plus de fromage et boivent plus de vin que dans les années 90, il reste encore les cinnamon rolls, les diners et le café to go pour épater et faire craquer une parisienne.

Vivre en California

Depuis mon retour en Californie les températures dans les collines qui bordent l’entrée sud du parc national de Yosemite ne sont pas descendues au-dessous de 95 degrés Fahrenheit, soit environ 35 degrés Celsius. La première partie du mois a vu des températures atteignant les 45F. 
Mes parents en Normandie se sont plaints d’une vague de chaleur. « Ecrasante » a dit ma maman. Il faisait 30C sur la Basse-Normandie.
Mon mari qui était à San Francisco pour business il y a deux jours a eu froid dans le Sunset, quartier toujours ou presque dans le brouillard, particulièrement en été.
Aujourd’hui encore des incendies ravagent le nord de la Californie. Ou je vis, l’air n’est pas affecté mais il peut l’être lorsque le feu attaque Yosemite, Kings Canyon ou Séquoia, les trois parcs nationaux au nord et au sud de ma maison.
L’été californien est atypique. La baie de San Francisco connaît des températures fraiches et des nuits froides. Dès que l’on quitte les frontières de la ville et qu’on entre dans la péninsule et qu’on atteint le sud de la baie (Palo Alto jusqu’à San Jose vers le sud, Pleasanton sud-est de Berkeley) les températures montent très vite.
Les foothills connaissent des étés très secs, très chauds et très longs. Jusqu’en Octobre nous sommes en vêtements légers, avec heureusement des matinées et des nuits plus fraiches vers mi septembre. Halloween traditionnellement marque un changement très net et très attendu par les californiens.
La fin de l’été indien pour la baie de San Francisco, l’automne tant rêvé pour de nouvelles plantations pour les résidents de la vallée. Commence ensuite la longue attente pour la saison des pluies.
Dépendant énormément d’El Nino, les années se suivent et ne se ressemblent pas.
La saison des pluies et des neiges a été quasi inexistante l’hiver dernier et si cela n’a pas affecté les réserves d’eau – l’hiver précédant avait été extraordinairement mouillé – les incendies sont la conséquence de notre hiver très sec.
Je ne me plains pas. Aucun incendie n’a ravagé ma région et l’air est peu pollué. Il ne fera que 100 F aujourd’hui (40 Celsius) et plus tard dans l’après-midi. Ce matin était agréable, me permettant un petit déjeuner sur l’une de mes terrasses. Je ne suis rentrée que parce que mon Mac avait besoin d’être rechargé.
L’été en Californie je pense à Thanksgiving, quand je pourrai faire une longue promenade avant de prendre l’apéritif dehors.
Je pense aussi à la beauté de Yosemite quand les pluies de l’hiver font déborder les cascades et pousser des cris d’admiration aux touristes.
Ce sont ces moments qui me font aimer la Californie davantage encore.
Un état à trois couleurs : le bleu du ciel, le brun brulé de son herbe – les natifs disent doré – entre mai et les premières pluies, et le vert dès les premières gouttes d’eau.
Vivre en Californie c’est apprendre à oublier les quatre saisons, à vénérer la pluie, à craindre une nature extraordinairement belle mais puissante et donc dangereuse. 

Les USA versus la Norvège

Les nouvelles aujourd’hui aux USA : un mort tué par la police alors que cet homme venait d’abattre un ancien collègue de travail. Neuf innocents sont blessés, certains gravement, dans l’échange de balles.
En Norvège on peut tuer soixante dix-sept innocents et s’en sortir avec vingt et un ans de prison.
Il vaut mieux vivre en Norvège si on décide d’être un tueur, mais la Norvège c’est très ennuyeux comparé aux Etats Unis, non ?
A part les fjords, aucun nom ne vient spontanément à l’esprit quand on parle de la Norvège.
L’Empire State Building, de l’autre côté, est un tel symbole qu’il est devenu impossible de le visiter sans faire la queue, mais la vue du haut de ce gratte-ciel est vertigineuse.
A l’image de New York City.
A l’image des USA, symbolisés par l’extrême, dans sa générosité comme dans sa violence. 

Love à la française

Once in a while an article catches my eye, and I think, “Gosh, I wish I had written this.” 
This particular article however didn’t catch my eye because since I came back from my lovely vacation, I try to catch up with many more things than articles: laundry, yard cleaning, house cleaning, back to school shopping…
My husband actually forwarded me this great article. I always wonder how husbands manage to keep up with great articles. 
Anyway, this one is perfect and, as a formerly 100% woman, I endorse it. 
A lovely response to the infamous question, “How do the French love?” 

Un Point dans le Camp Démocrate

Décidément les candidats républicains ne savent plus faire qu’une chose : prendre le bâton pour se faire battre.
Comme les commentaires de Todd Akin ont traversé l’Atlantique plus vite et avec plus de force que le mur du son, il est inutile de s’attarder sur des propos qui ont un arrière gout effrayant de Moyen Age.
Alors que de réels sujets devraient déjà être sur la table – le cout de plus en plus vertigineux des études supérieures dans le public, la question non résolue de l’immigration illégale, le chômage, et bien sur la santé – la question de l’avortement et par ricochet de l’accès facile et raisonnable à la contraception reviennent faire la une médiatique, et même à l’étranger.
De la même façon que les propos arrogants et mysogines de DSK ont scandalisé les français, les américains sont aujourd’hui choqués des propos imbéciles et insultants de ce personnage qui se présente au Sénat.
Après des années de vie aux USA, je reste profondément surprise que des questions aussi personnelles que le droit des femmes à décider pour elles même de la naissance ou pas d’un enfant apparaisse encore dans une campagne présidentielle.
Une bonne nouvelle : une majorité d’américains sont d’accord et sont aussi en faveur du mariage homosexuel. Aucun d’autre eux n’a envie d’entendre des bigots parler à la place des femmes.

Un point dans le camp démocrate et en plus sans mêmeavoir joué. 

Ça n’existe pas l’Amérique !

Ça n’existe pas l’Amérique ! 

C’est Henry Miller qui l’a dit.
Et le joli petit livre de Dominique Falkner dont le titre est le même m’a plu à cause de cela.
De son voyage de Chicago au Montana, l’auteur relate des faits anodins, des échanges de quelques mots qui sont pourtant de véritables conversations. Il rencontre des gens ordinaires et qui pourtant laissent une empreinte sur lui et sur le lecteur. Il décrit des paysages dignes de décor de films, et des scènes de vie qui donnent envie de rire et de pleurer.
C’est un livre court, vif et bien écrit que j’ai lu pendant que mon linge tournait dans trois machines au Lavomatic ce matin.
Peut-être parce que je quitte le Maine demain pour la Californie, beaucoup de ces ‘nuggets’ m’ont émues.
Comme Dominique Falkner, je ne prendrai pas l’avion mais ma voiture.
Mon itinéraire n’est pas le sien mais je sais déjà que je me demanderai une fois de plus – j’ai traversé les Etats-Unis de nombreuses fois – si je suis toujours dans le même pays.
J’aurai besoin des drapeaux qui flottent au-dessus des ponts, accrochés aux stations services et aux réverbères pour me souvenir que je suis chez moi, aux USA.
J’aurai besoin d’entendre des phrases anodines qui balisent les relations entre les gens – How are you ? Did you find everything all right ? Have a good one ! – pour être certaine d’être chez moi, aux USA.
Henry Miller a sans doute un peu raison. Et Dominique Falkner l’a perçu et l’a relaté avec finesse et émotion.
L’Amérique est indéfinissable, vaste et diverse à en donner le vertige, et pourtant on ne peut la confondre avec aucun autre pays.
Comme je suis allée en France cet été et que me souvenirs sont frais, je me dis que peut-être la différence est que la France façonne les français alors que ce sont les Américains qui font l’Amérique.

Le Foie Gras a Encore Frappé

Le débat sur l’interdiction de la fabrication de foie gras et de sa consommation dans les restaurants californiens délie les langues. Et même celle de M. Hollande.

“Le foie gras quand même on voudrait tellement le consommer ici en France et parfois par manque de pouvoir d’achat nous ne le pouvons pas, je ne voudrais pas en priver les Américains! S’il le faut, j’en apporterai aux autorités de ce pays autant qu’il sera nécessaire, ce sera pour leur plus grand plaisir”, a affirmé le chef de l’Etat tout en reconnaissant ne disposer que de sa force de “conviction” pour faire plier les Américains.
Moi aussi, M. Hollande, j’aime le foie gras; et si je ne mange jamais que du foie gras français que m’envoient mes parents pour les fêtes de fin d’année, c’est par tradition et fidélité à mon pays natal.
Mais le foie gras, vous savez, c’est un peu comme avec le vin. Les américains ont appris à en faire.  Tout comme les vins, le foie gras consommé en Californie ne vient pas de France mais du Sonoma County, au nord de San Francisco. Les activistes qui ont réussi à en interdire la vente dans l’état de Californie depuis le 1er juillet, ont visé les éleveurs et les restaurateurs californiens plus que la France.
Je dois aussi vous avouer que comme j’adore le foie gras, j’ai essayé de le faire apprécier à certains de mes amis américains, francophiles et toujours curieux de découvrir ce qui vient de mon pays d’origine. Je ne veux pas de nouveau vous décevoir, mais pour eux c’est un pâté qu’on étale sur du pain de mie ou des biscuits secs d’apéritif. C’est tout! J’avoue avoir été choquée et dorénavant je garde jalousement mon foie gras pour quelques initiés. 
Et puis enfin, pourquoi penser qu’un mets national doit faire l’unanimité ailleurs? Pourquoi assumer qu’un peuple est privé d’une spécialité gastronomique qui lui est quasiment inconnue? Chaque pays a ses recettes et ses traditions culinaires qui lui sont chères. Cela reste aux américains de décider si le boycott du foie gras améliorera vraiment la condition des animaux et surtout des volailles destinées à la consommation en Californie.
Quant à moi, j’espére que mon foie gras parental m’arrivera sans encombre pour fêter la fin d’année à la française.

Drapeaux en Berne

Paris et la France ne sont déjà plus que de beaux et doux souvenirs dans ma mémoire.
Les drapeaux en berne jusqu’à hier après la tuerie d’Aurora m’ont remise dans les rails. Revenue sur la terre américaine cet évènement brutal fait la une des journaux. Et les commentaires des deux cotés de l’Atlantique sont représentatifs de ce qui sépare mes deux pays préférés.
Les armes et la violence définissent les USA pour beaucoup de français alors que la majorité des américains défend le sacro saint droit à la possession d’armes autorisée par leur constitution.
Si je n’ai aucune attraction pour les armes et que je m’oppose aux arsenaux que certains particuliers ouvrent à domicile, je ne suis cependant pas certaine que l’interdiction et même les restrictions de vente d’armes supprimeront le problème du malade mental qui décidera de tirer dans une école ou dans un cinéma.
Cyniquement, il y plus de 30 000 personnes qui perdent la vie dans un accident de voiture aux USA chaque année et personne ne songerait pour autant à supprimer les ventes de voitures ou même à être plus strict quand un permis de conduire est délivré.
Repérer celui ou celle qui ne fonctionne pas au sein d’une communauté et l’aider avant la tragédie serait sans doute plus efficace.  Une société où l’on peut acquérir des armes plus facilement qu’obtenir un crédit auprès d’une banque ou accéder à des soins médicaux spécialisés a de sérieux problèmes.
Il est temps de traiter les désordres mentaux avec la même détermination que le monde médical met à lutter contre le cancer ou le sida. 

Du Minitel à DSK

 Aux Etats Unis, la plus grande et belle nouvelle de ce début d’été, c’est la décision de la cour suprême de justice de ne pas considérer l’obligation (sous peine d’amende) à une couverture de santé pour chaque américain anti constitutionnelle.
Bravo, Justice Roberts pour votre vote courageux qui vous fait entrer dans l’histoire en même temps que cette décision humaine et indispensable aux américains.
Pour les français que j’ai rencontrés et qui ont applaudi M. Obama, je voudrais dire que Nancy Pelosi est aussi la raison pour ce changement. Sans elle et son travail de fonds, rien ne serait arrivé.
En France le même jour on cliquait 3615 code Fin. La rumeur dit que Steve Jobs aurait acquis un minitel et l’aurait décortiqué pour étudier de plus près cette merveille made in France. A Paris, un minitel trônait sur le bureau de mon mari. A coté du premier Macintosh. Quand je vous dis que les français et les américains ont beaucoup plus en commun qu’on ne le pense.
Aux Etats Unis je n’ai jamais croisé de personnalités politiques ou célébrités du monde des arts. Les people se cachent du commun des mortels.
A Paris, Jean Rochefort attend un taxi au coin du boulevard Montparnasse et Valérie Trierweiler assiste aux obsèques du député des Bouches du Rhône à l’église Saint Sulpice en compagnie des grands noms du parti socialiste français.
Et DSK boit un verre au Lutetia. Si si, je vous jure, c’est vrai. Pendant que la pluie tombait sur les toits argentés de Paris, et que je buvais un café, il était assis en face d’un homme sur lequel je n’ai pas pu mettre de nom, même si son visage me disait quelque chose.
Assis sur la banquette confortable, DSK semblait plutôt bien dans sa peau, un rien bronzé et souriant. Debout il s’est appuyé sur une cane pour quitter le salon de l’hôtel au passé sulfureux. Personne, à part deux copines qui buvaient un verre en parlant des soldes et deux franco américains qui n’en croyaient pas leurs yeux, ne l’a regardé.
Ah, le charme de la discrétion française. 
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