Le Temps Passe Mais The River Est Intemporelle

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On apprend des choses importantes par des chemins détournés.

Mon fils a fait ses premières découvertes de l’histoire de France avec Astérix et Obélix. Il ne lisait pas le français mais déchiffrait, aidé par les illustrations, le sens de chaque album.

J’ai ainsi appris beaucoup des Etats Unis en écoutant Bruce Springsteen.

Sur le campus de l’université de Caen où j’ai commencé mes études, l’Amérique, je n’en connaissais rien. Ou si peu. A travers les films, les acteurs et actrices, les livres que je lisais toujours traduits en français, je m’en faisais une certaine idée. Elle était soit super glamoureuse ou super dangereuse.

Et puis Bruce Springsteen est arrivé.

Celui qui a fait dire au critique musical Jon Landau, « J’ai vu l’avenir du rock and roll. Il s’appelle Bruce Springsteen, » m’a ouvert les yeux sur une Amérique différente de ce que j’avais pu entr’apercevoir auparavant.

Comme mon fils qui ne connaissait pas le sens de chacun des mots dans Astérix, je captais un mot sur dix quand Bruce Springsteen chantait.

Même si on m’avait dit que c’était à cause de son accent du New Jersey ça n’aurait pas changé grand chose au fait que je ne comprenais pas ses chansons.

Mais il y avait cependant quelque chose qui résonnait en moi quand je passais et repassais l’album The River. La musique jouait un rôle, c’est vrai. Et le fait que Bruce Springsteen était franchement craquant. Mais au-delà de ces atouts qui font un peu midinette, je comprenais sans comprendre que ses chansons parlaient d’une Amérique dont on parlait peu, qui se situait sans doute quelque part entre le glamour et le danger. Une vraie Amérique.

Mon dictionnaire sous le coude je traduisais les paroles des chansons qui me plaisaient le plus. Les mots avaient tous (ou presque) une traduction, mais une langue est beaucoup plus qu’une association de mots. Elle respire son peuple.

Tant d’années plus tard, je comprends ce que Bruce Springsteen chante, non pas parce qu’enfin je parle l’anglais américain et reconnais un accent du New Jersey, mais parce que ma vie sur les deux côtes du pays m’a permis de rencontrer les gens dont Bruce Springsteen parle.

Depuis que mon fils a rejoint ses sœurs et poursuit aussi sa vie d’étudiant, j’ai le temps de réfléchir au temps qui passe et d’accompagner mon mari lors de ses déplacements professionnels.

Parfaite combinaison pour aller écouter Bruce Springsteen dans la banlieue de Miami lors de son River Tour 2016.

20 000 fans s’étaient aussi déplacés pour l’écouter et l’applaudir mardi soir. Je dois dire que malheureusement l’acoustique n’était pas terrible, comme elle l’est souvent dans ces immenses arènes où se jouent des matches de basketball et de hockey. C’est un exploit de la part de Springsteen et des musiciens (tous et toutes exceptionnels) de nous avoir offert trois heures non stop de musique dans ces conditions et d’avoir pu nous émouvoir et nous faire danser. Avec la même intensité que lorsque nous découvrions sa musique en Amérique ou sur des campus universitaires à des milliers de kilomètres de distance.

C’était la troisième fois que je voyais Springsteen en concert. La première pour mon mari et la sixième pour sa voisine de droite. Derrière moi j’entendais parler de dix et de vingt fois. Certains fans portaient des T-shirts qui évoquaient les tout premiers concerts quand je ne connaissais pas encore celui qui serait l’avenir du rock and roll.

Landau soupçonnait-il alors l’intensité de la dévotion que lui voueraient ses fans et la générosité avec laquelle Springsteen lui répondrait ?

Et que les chansons de Springsteen parleraient aussi aux français et françaises ?

Car le vrai talent de Springsteen (mis à part être une bête de scène hors du commun) c’est d’exprimer en musique l’universalité de la condition humaine.

En effet, malgré la distance, une histoire et des politiques sociales différentes, il reste des points communs entre un américain issu de la classe moyenne et une française issue de la même classe. Nos deux pères avaient le même travail.

The River Tour 2016 est un voyage qui pourrait être nostalgique à cause de la réflexion de Springsteen sur le temps qui passe et sur le bilan que nous faisons tous à l’automne de nos vies. Où sont nos rêves ? Qu’en avons nous fait ? Est-ce que le temps consacré à travailler et s’occuper de nos familles compte ? Est-ce que tous ces moments qui nous consument importent ? Sa réponse est un oui teinté de juste assez de doute pour renforcer le sentiment humain universel face au temps.

L’énergie de Bruce Springsteen mardi soir était inépuisable et inimitable. Je pense qu’elle est à l’image de son authenticité. S’il ne fait plus partie de la classe moyenne américaine du à son succès phénoménal, il n’a rien perdu de son immense compréhension et inconditionnelle affection pour elle. Son engagement politique est plus marqué depuis le 11 septembre et davantage encore depuis la crise financière et immobilière de 2008. Mais ses chansons depuis ses débuts ont toujours lié drames de la vie personnelle aux crises socio économiques des Etats Unis.

Après avoir écrit ce billet mon mari m’a envoyé ce lien. J’aurais du travailler pour le South Florida.

Plein de bonnes choses pour vous si comme moi vous êtes accro à la musique et aux paroles de celui qui parfois est appelé The Boss, une référence à ses débuts un peu plus galères quand Bruce Springsteen encaissait toujours le cachet avant de le redistribuer entre ses musiciens. Comme un boss. On dit qu’il n’aime pas trop le nom. Mais un boss responsable, honnête, qui n’oublie pas et respecte ceux qui l’accompagnent le long de la route ce n’est pas si mal.

Mes chansons préférées de cette époque lointaine, quand le saphir de mon électrophone craquait, que l’harmonica, la guitare et la voix éraillée juste à point de Springsteen résonnaient dans ma chambre, restent celles qui me touchent encore le plus aujourd’hui. Independence Day, Hungry Heart, Jackson Cage, Point Blank, Out in the Street. Et puis I Wanna Marry You qui parle si bien du premier amour.

Mais celle qui me faisait pleurer alors et m’a encore fait pleurer mardi reste The River.

Je reconnaitrais cette chanson n’importe où dès les premiers accords de guitare. Il est fréquent d’entendre ici une chanson de Bruce Springsteen en faisant ses courses au supermarché. Je traine dans les rayons quand ça arrive. Pas question de partir avant la fin. Quand The River passe je me fais discrète. Qui me croirait si je disais à quiconque me verrait essuyer une larme que c’est à cause de la chanson ?

Mais peut-être ai-je tort, car mardi soir je n’étais pas la seule à oublier que The River avait plus de trente cinq ans et que Bruce Springsteen en avait maintenant soixante six.

Est-ce que le passage du temps importe tant après tout ?

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P.S. Dur dur de prendre des photos sans caméra (interdites) et malheureusement d’un peu trop loin. Je vous épargne la galère pour trouver des places de concert en évitant le scandale de la revente de billets. J’ai laissé (courageuse mais pas téméraire) mon mari s’en occuper. J’aimerais que Springsteen y jette un oeil à ces histoires de scalping…

Un peu de Springsteen pour vous cependant car il ne joue pas en France pour ce River Tour 2016.

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Comments

  1. I saw Springsteen several times in the late 70s and early 80s but I haven’t seen him live since those early days. I’m glad he was such a good ambassador for America.

  2. Sounds like a great concert. We saw him on TV relatively recently and he looked and sounded very good. He has aged well and kept his voice.

    I have a whole collection of Asterix books. I love them. Mine are in English, but I’ve seen the French cartoons, too.

    • I’m so humbled to see you and others read me in French. I really appreciate the effort. Bruce Springsteen is aging really well, that’s true. And I love Asterix too. I never read them in English, though.

  3. Merci, Evelyne de nous faire partager un petit peu de cette communion avec ce grand monsieur!

  4. Des frissons à te lire et à écouter ces quelques extraits (grâce à la livrophage). Malheureusement pour moi je n’ai jamais fait d’anglais et je ne comprends pas les paroles, sauf à lire les traductions, mais c’est très différent je pense. Merci pour ces quelques instants en tous cas.

    • Merci pour cette visite. La livrophage et moi avons quelques goûts en commun. Je pensais bien que Bruce Springsteen la ferait réagir. 😊 Je suis touchée qu’elle ait choisi de partager mon billet sur son blog. Quant aux paroles des chansons en version originale, c’est vrai que cela résonne davantage. Mais j’étais bien contente de les traduire quand je parlais très peu anglais.

  5. ah, Bruce – the Boss… nous en sommes fans absolus depuis plus de 30 ans… nous l’avons écouté et applaudi à Paris – deux fois!!! he still rules and rocks! 🙂

  6. Mais j’étais passée à côté de cet article ! Grâce à Simone, je le découvre!!!Merci, merci, de ce bel article, de toutes ces vidéos. Tout ce que tu dis m’interpelle, sur le boss, sur le temps qui passe et aussi sur cette vison qu’on a ici de là bas. Tu es comme un pont entre nos deux pays, une espèce d’intimité nouvelle et humaine, loin des mythes et cela me touche toujours de te lire de si loin.Il est vrai que mon anglais si limité est un vrai handicap pour comprendre tous tes articles, mais comme toi avec Bruce, j’en devine l’esprit et l’humanité. Je t’embrasse.

Trackbacks

  1. […] Source : Le Temps Passe mais « The River » est intemporelle par Evelyne Holingue […]

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