Cinq Photos Cinq Histoires

Est-ce que le cadre d’une histoire, d’un roman importe pour vous lorsque vous lisez ou écrivez ? Est-ce que la géographie d’un lieu devient aussi essentielle qu’un personnage ? Développez-vous une affection particulière pour un lieu, qui pour des raisons parfois obscures vous donne l’impression de l’avoir toujours connu ?

Je me suis sentie bien dans beaucoup d’endroits. Je me sens d’ailleurs souvent bien partout où je me déplace. Et pourtant il y a un endroit qui me manque lorsque j’en suis loin et où j’espère pouvoir retourner le plus longtemps possible.

 

La petite route qui mène à la cabine du bord du lac n’a pas de nom. Depuis mon arrivée aux Etats Unis, il y a maintenant presque six ans, je me suis habituée aux rues portant le nom d’une lettre de l’alphabet ou d’un chiffre. Mais j’apprends aujourd’hui que dans les régions rurales, les sentiers taillés dans la forêt s’appellent Fire Roads.

Mon mari avance lentement sur cette Fire Road défoncée par les hivers brutaux et la fonte des neiges printanière. La pluie du weekend a juste cédé la place à une fine bruine qui me rappelle ma Normandie natale. Une végétation qui m’est étrangère explose dans les sous-bois protégés par des sapins et chênes aux allures de fiers centenaires. Des rochers de formes et tailles diverses balisent le chemin, obligeant mon mari à faire des écarts inattendus qui font rire nos trois petites filles sur la banquette arrière. Leur rire cristallin nous accompagne alors que la voiture cahote tel un chariot de pionnier, berçant leur frère, nouveau-né endormi dans son siège auto.

C’est fou ce que les distances semblent longues lorsque l’on ne sait pas où la route nous mène et ce que l’on trouvera au bout.

Le regard ne devine en effet rien au-delà des roues de la voiture, jusqu’à ce que le chemin s’interrompe brutalement, comme une phrase reste en suspens lorsque les mots nous manquent.

Un pâle soleil apparait soudainement et s’étire derrière les nuages aux couleurs d’un hématome. L’eau scintille et de petites vagues lèchent la coque d’un canoë attaché par une simple corde au tronc d’un bouleau. Je baisse ma fenêtre. Ça sent l’herbe mouillée, les plantes sauvages et l’eau fraiche.

Je me sens chez moi.

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C’est fou comme certains endroits, malgré les années, ont la capacité de nous émouvoir comme au premier jour.

Dix-neuf ans après cet après-midi pluvieuse de septembre, lorsque je descends les quelques centaines de mètres qui mènent à notre cabine au bord du lac, je ralentis toujours à ce point précis où mon regard ne peut pas encore deviner le lac.

Et quand l’eau apparait, je respire.

Comme lorsqu’on arrive à la fin d’une longue journée, d’un grand voyage.

Ou simplement chez soi.

 

 

Invitée par Solveig (elle écrit dans sa langue natale, l’allemand, mais aussi en anglais car elle a vécu aux Etats Unis et en français puisqu’elle vit maintenant en France) à participer au challenge Cinq Photos Cinq Histoires, je vous propose jusqu’à vendredi une photo et un texte liés à un endroit qui tient ou a tenu une place importante dans ma vie.

Ma première photo et ma première histoire de la semaine sont pour Simone. Nous ne nous sommes jamais rencontrées et peut-être ne nous rencontrerons nous jamais. Elle vit en France et moi aux Etats Unis. Je lis son blog sur lequel elle partage ses lectures, ses coups de cœur, et parfois une chanson de Bruce Springsteen. Elle me demande parfois d’écrire davantage en français et de parler du Maine. Elle sera sans doute un peu déçue, car je crois qu’elle aimerait plus qu’un billet de blog. Et pourtant, même si j’ai fait la connaissance du Maine il y a dix-neuf ans, je n’y vis pas à plein temps et je ne pourrais qu’offrir une vision erronée du plus grand état de la Nouvelle Angleterre.

A toi de jouer, Simone. Sans obligation, of course.

 

Les règles du challenge Cinq Photos Cinq Histoires sont simples :

  • Une photo et un texte associé à la photo pour cinq jours consécutifs.
  • Le texte et sa longueur sont laissés au choix du blogueur ou blogueuse.
  • Contacter un autre bloggeur/blogueuse pour continuer le challenge. Aucune obligation, bien sûr.

The rules of the Five Photos, Five Stories Challenge are simple:

  • Post a photo each day for five consecutive days.
  • Attach a story to the photo. It can be fiction, non-fiction, poetry, or a short paragraph. It’s entirely up to the individual.
  • Nominate another blogger to carry on the challenge. Your nominee is free to accept or decline the invitation. This is fun, not a command performance!

 

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