Quelques Fleurs New Yorkaises…

En 1986, ignorant qu’un jour nous nous baladerions avec des téléphones qui nous permettraient non seulement de parler mais d’envoyer des textos, de prendre des photos et des selfies, ignorant qu’une révolution technologique changerait à tout jamais notre façon de communiquer et de nous orienter, ignorant que le garçon qui m’avait passé son Guide du Routard de New York deviendrait trois ans plus tard mon mari, je fis confiance au plan de NY glissé dans la poche de mon jean, au fameux guide, mais aussi à mes pas pour me promener dans cette ville dont je ne connaissais rien.

En 1986, New York était impressionnante, bouillonnante d’énergie, futuriste mais aussi vieillotte, en deux mots : complètement exotique.

C’est à New York City que j’ai appris à commander des œufs au plat en anglais. Vous ne trouvez pas que ‘sunny side up’ est tellement mieux que ‘œufs au plat’ ? C’est aussi là-bas que j’ai mangé mon premier hotdog. La cuisine chinoise n’était pas vietnamienne mais coréenne. Les sushis et les pizzas pouvaient se commander par téléphone.

De la nourriture américaine je ne connaissais rien si ce n’est le cheese cake, le chili con carne et le vin Paul Masson servi en carafe chez Joe Allen aux Halles.

Les femmes portaient des baskets dans la rue et le métro, transportant leurs talons hauts dans un sac en plastique. Elles se baladaient dans Central Park avec des lunettes de soleil noir opaque et les hommes avec des casquettes de baseball aux couleurs de leurs équipes favorites. Dans la rue les gens buvaient de l’alcool, la bouteille ou canette cachée dans un sac en papier brun.

Je connaissais la culture américaine à travers sa musique, ses films et ses romans, mais rien ne se compare avec l’expérience vécue.

Le dollar régnait en roi. Onze francs français pour un dollar = un caleçon noir de chez Gap que mes copines parisiennes ont adoré et un peu envié aussi et un pot de beurre de cacahuètes qui les a fait hurler d’horreur.

J’ai trouvé les new yorkais moins snobs que les français. J’ai aimé que d’un pâté de maison à l’autre (c’est aussi à New York que j’ai découvert le sens du ‘block’ américain) le meilleur et le pire pouvaient se côtoyer. J’ai eu la chance de diner à Harlem quand Harlem avait encore une mauvaise réputation.

Un matin mes premiers mots ont été en anglais. Un signe précurseur de ma vie future que je n’aurais pas du ignorer !

Cependant mon coeur battait toujours aussi fort pour Paris et je ne l’aurais pas abandonné pour New York.

Quatre ans plus tard le garçon du Guide du Routard et moi quittions pourtant Paris pour les Etats Unis.

Pendant nos cinq années passées dans le Massachusetts nous sommes allés de nombreuses fois passer un weekend à New York. Avant les attentats terroristes du 11 septembre il était facile de sauter dans l’un des nombreux avions qui font la navette entre Boston et New York. Un permis de conduire présenté à la porte suffisait alors.

De retour en Californie nous ne sommes pas retournés à New York avant l’été 2003, juste après la réouverture de l’hôtel Millenium très endommagé par les attaques du 11 septembre. 2003 marquera le début de nos voyages en voiture et en famille à travers les Etats Unis. Quelle que soit la route empruntée nous avons toujours fait escale à New York.

Pendant de nombreuses années, de notre chambre qui surplombait Ground Zero, nous avons peu dormi, nos nuits étant entrecoupées par le travail constant là où se tenaient moins de deux ans avant les Twin Towers.

Les bulldozers, lents et prudents, s’arrêtaient avec l’espoir d’avoir trouvé la preuve d’une vie interrompue au matin du 11 septembre.

Les voix des ouvriers s’interpellaient au changement d’équipe.

Les lumières des voitures de pompiers et de la police clignotaient à travers les rideaux.

Année après année les bulldozers, les voix et les lumières sont devenus plus sporadiques. Ground Zero s’est transformé pour faire place au mémorial de 9/11 et à son musée. Trop d’émotions me lient à cette journée pour en écrire davantage, si ce n’est de vous encourager à vous y rendre si vous vous trouvez à New York. Le site est très beau. Sobre et serein il offre réflexion et espoir.

Cette année pour la première fois nous sommes allés à New York avec seulement nos deux plus jeunes enfants et l’un de leurs amis, un californien qui n’avait jamais vu la ville.

Pendant que le trio essayait de voir autant de quartiers, de musées et d’adresses mythiques que possible, ni mon mari ni moi ne sentions cette urgence.

Les souvenirs de nos nombreuses visites à New York nous tenaient compagnie.

Est-ce que la nostalgie pour le passé prouve que l’on vieillit ?

Est-ce que c’est idiot de se demander à quoi les villes ressembleront lorsqu’elles finiront par toutes se ressembler?

Est-ce que c’est tout aussi stupide de se lamenter sur la disparition des librairies au profit d’un autre magasin de vêtements ou restaurant ?

Est-ce que c’est triste de préférer les magasins qui évitent de choisir des noms français pour se donner un je ne sais quoi et les restaurants qui ne servent pas de macarons et de crème brûlée?

Les contrastes si saisissants qui rendaient New York si exotique par rapport à Paris s’estompent. C’est un fait.

Et pourtant quand le soir mes enfants et leur ami nous ont rejoint pour diner, j’ai retrouvé dans leurs yeux mon émerveillement, dans leurs récits mon éblouissement.

Ils sont nés aux Etats Unis et connaissent San Francisco, Los Angeles, San Diego et Boston. Mais New York quand même…

Finalement, me suis-je dite, New York n’a pas tant changé.

Son pouls bat toujours à trois cent à l’heure. Les musiciens de jazz jouent toujours dans les caves du  Village Vanguard. Les femmes préfèrent encore le confort à l’élégance et portent souvent des chaussures plates pour la rue et le métro, réservant les talons pour le bureau. Les enfants jouent encore dans les bassins des squares quand le baromètre passe la barre des 35 degrés Celsius. Les taxis jaunes sont aussi nombreux qu’avant (malgré Uber). Times Square regorge toujours de touristes, mais après 23h on entend ses pas résonner sur les trottoirs du downtown. Les new yorkais mangent encore des hotdogs. Les livreurs de pizzas sont autant en demande. Les gens sont encore pressés mais toujours aussi civils.

Tout ce que j’avais remarqué avec étonnement en 1986 est un peu moins évident car notre monde s’uniformise. Mais si on prête attention New York est restée une ville non seulement différente de Paris mais aussi des autres grandes villes américaines.

En souvenir de ma toute première fois à New York où je me baladais au gré de mes pas, sans portable pour immortaliser tous mes instants, je ne voulais pas ajouter de photos à ce billet.

Mais si une chose a vraiment changé à New York c’est la soif de nature de ses résidents. Alors voici quelques fleurs new yorkaises prises pendant mes longues promenades dans la ville.

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Comments

  1. I went decades ago, and I am eager to return. Sassy thinks she’d like to live there, so I’d especially like to expose her to it. We may attempt a trip next summer, up the coast instead of down for a change.
    I love the way you made such simple sentences evoke my senses. Still eating hot dogs, still wearing sneakers until they get to work — it’s how it looks, how it smells, what the energy feels like.
    Thank you for sharing your post, pardon me for writing en Anglais and j’aime bien des fleurs 🙂

  2. Many little girls want to live in New York City! Mine did too when they were younger. It’s an exceptional city that never leaves indifferent. Thank you so much for reading me in French and for liking the flowers. See you!

  3. Quels souvenirs! Vraiment une chouette petite histoire. Comme j’ai vécu à côté de Philadelphie mes parents m’y ont amenés beaucoup, j’ai par contre jamais vu la ville à travers des yeux d’adulte. Je devrais peut-être aussi partager mes souvenirs.

  4. long story, short: I love NYC… ❤
    * * *
    Bonne fête nationale! 🙂
    https://myvirtualplayground.wordpress.com/2015/07/14/bonne-fete-belle-france-ma-patrie/

  5. Moi aussi. C’est difficile de ne pas y aimer quelque chose, je suis d’accord. Bonne fête nationale!

  6. Merci pour le portrait de New York ! Moi, je n’y suis jamais allée, mais je voudrais visiter cette ville un de ces jours !

  7. This was a fun post! I have never been to the Big Apple.

    Linda
    http://coloradofarmlife.wordpress.com

    • You should go when you get a chance. So different from our west coast cities, even the largest ones. There is unique energy, which cannot leave anyone indifferent. Thant you for stopping by, Linda.

Trackbacks

  1. […] a great one so far, thus I am going to invite Evelyne to participate. Not so long ago she posted a lovely story about New York herself. Her New York post was the reason why I thought of these […]

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