Quarante Huit Heures à Charm City

Je dois une partie importante de mon apprentissage de l’anglais américain et de la découverte de la culture américaine à mes enfants. Je leur dois récemment la chance d’explorer, à travers leurs parcours universitaires, des villes américaines où je suis souvent passée trop vite et parfois aussi avec des idées préconçues.

Cette semaine, grâce à l’une de mes filles qui commencera son doctorat à l’université de Johns Hopkins cet été, j’ai redécouvert la ville de Baltimore, la plus importante de l’état du Maryland, où je m’étais arrêtée en 2002 avec ma famille lors de notre premier voyage en voiture à travers les USA.

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Pendant deux jours nous avons parcouru l’une des villes américaines dont le nom est souvent associé au crime, à la délinquance et au danger. Personnellement je me méfie des définitions trop arrêtées et de ce qui semble trop parfait. J’aime les angles et les détours. Dans les villes je cherche les allées à l’écart des boulevards et les pavés un peu bancals. J’aime aussi les villes où la nature me surprend là où je ne l’attends pas. Et je craque toujours pour la présence de l’eau. De préférence la mer, un océan ou une baie ouvrant sur l’océan.

Baltimore répond à tous ces critères et à bien davantage.

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La ville mérite partiellement sa mauvaise réputation. La violence liée à la drogue et aux gangs est réelle et il serait naïf de l’oublier. Plusieurs séries télévisées ont utilisé ce décor de fond qui continue à alimenter la mauvaise image de Baltimore. La plus célèbre est The Wire, un show qui dépeint le milieu souterrain de la drogue et de la violence de la rue associée à son commerce.

Des segments de rues sont voués à la démolition et Baltimore a entrepris un travail colossal de réhabilitation de quartiers entiers. L’essor économique insuffisant dans certaines grandes villes des USA (Cleveland dans l’Ohio, en est un autre exemple) ne tente pas les investisseurs. De plus, malgré l’effort louable de la ville, la récente crise financière et immobilière de 2008 a frappé de plein fouet les villes déjà vulnérables. A Baltimore des centaines de résidents ont perdu leurs maisons et appartements et les façades de ces habitations sont recouvertes de planches bloquant l’accès aux potentiels squatteurs.

Baltimore est pétrie de contrastes si brutaux qu’ils évoquent des plaies à vif qui ne pourraient cicatriser.

Cependant, de la même façon que l’on ne cesse pas de visiter Paris à cause de ses pickpockets, de ses banlieues qui s’enflamment régulièrement, de ses problèmes d’intégration raciale, et de ses arrondissements rouges, il serait dommage de faire l’impasse de Baltimore si on visite Washington DC, par exemple. Il n’y a en effet que soixante kilomètres entre la capitale des US et Baltimore.

Et puis si certaines rues de Baltimore lancent de véritables appels de détresse, d’autres sont empreintes d’un charme fou qui évoque une Amérique ancienne que l’on ne rencontre plus que rarement.

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En ce début de printemps où de courageux rayons de soleil perçaient un ciel bas et gris il était impossible de ne pas croire en des jours meilleurs. Les premières jonquilles et violettes se devinaient à travers l’herbe encore maigre et jaune.

Après la pluie de jeudi après-midi une lumière perlée est tombée soudainement sur le port. Les gens ont levé le nez au ciel et tout le monde s’est mis à anticiper un beau week-end.

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Baltimore est une ville compacte et comme un patchwork aux couleurs et formes variées, ses quartiers sont très distincts les uns des autres tout en créant une unité rarement atteinte dans la plupart des villes américaines. Avec ses 630 000 habitants intra muros and presque trois millions en intégrant les contés voisins, Baltimore est une petite ville dans une grande ville.

 

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Les résultats des efforts mis en œuvre entre la ville et l’université de Johns Hopkins, dont la réputation internationale est sans aucun doute le principal atout, ne sont pas encore tous visibles, mais il est clair que depuis 2002 et malgré les conséquences de la crise de 2008 des centaines de nouveaux magasins, restaurants, businesses et complexes immobiliers se sont créés.

J’ai aimé le côté non ostentatoire de Baltimore et de ses résidents, la lutte évidente entre succès et difficultés, le mélange de modernité et d’histoire (Guerre Civile notamment), la beauté naturelle de la baie de Chesapeake et l’énergie due à la présence des milliers d’étudiants qui ont choisi Johns Hopkins pour leurs études supérieures et la recherche médicale.

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Si vous voulez visiter Baltimore et comprendre un peu cette ville à multiples facettes, j’ai aimé deux livres. Ils ne sont pas traduits en français mais valent vraiment le détour.

 

Walking Baltimore par Evan Balkan offre un parcours pédestre à travers trente-trois quartiers de Baltimore. L’auteur connaît la ville comme seul un local peut la connaître. On sent à travers les descriptions très précises des parcours qu’il propose et des anecdotes qui ponctuent le livre son affection sincère pour une ville parfois mal aimée parce que souvent méconnue.

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The Other Wes Moore par Wes Moore est un livre dérangeant mais aussi plein d’espoir et remarquablement bien écrit. Je l’ai acheté par hasard il y a trois ou quatre ans et je l’ai lu comme un thriller. Depuis il avait du rester à la périphérie de ma mémoire car il a resurgi dès mon arrivée à Baltimore.

Alors que Wes Moore vient d’être honoré Rhodes scholar lors de sa troisième année à l’université de Johns Hopkins, il apprend en lisant le journal qu’un jeune noir s’appelant aussi Wes Moore, ayant comme lui grandi à Baltimore, dans des rues semblables aux siennes vient d’être incarcéré à vie pour complicité dans le meurtre d’un policier hors service pendant le holdup d’une banque.

Le parcours de l’auteur aurait pu être celui de l’autre Wes Moore et de tant d’autres garçons noirs américains issus de familles pauvres, élevés par leur mère, et pour qui la rue représente l’accès à un certain pouvoir et prestige. Wes Moore a aussi été membre d’un gang et trafiquant de drogues lorsqu’il était adolescent. Abasourdi par les points communs qu’il partage avec son homonyme, l’auteur entre en relation avec lui et entreprend une relation de longue durée dont le livre sera le résultat.

Le produit d’heures de conversation et de lettres est un livre honnête et bouleversant dans lequel l’auteur examine huit années de la vie des deux Wes Moore, donne la parole à son homonyme et dresse un portrait sans sentimentalité de la violence qui affecte les jeunes noirs américains, tout en tentant de comprendre les raisons derrière l’échec ou le succès. Ce qui sépare les deux est en effet une frontière poreuse et effrayante.

Le succès actuel de l’auteur, qui après ses études intégrera l’armée américaine et sera déployé en Afghanistan avant de participer à la campagne d’élection de Barack Obama et de devenir conseiller de Condoleezza Rice, est retentissant. Et pourtant il aurait lui aussi pu basculer dans la délinquance.

Plus que le désir et la volonté personnelle de s’en sortir l’auteur reconnaît le rôle essentiel de quelques personnes de son entourage et en particulier de sa mère.

Puisque je me trouvais à Baltimore avec ma fille, ce livre n’a cessé de me hanter. Quel est le véritable rôle que les parents jouent dans la réussite de leurs enfants ? Et particulièrement celui d’une mère ?

Dans le cas d’immigrants les mères apprennent tant par leurs enfants que les rôles sont souvent inversés.

En tant que française d’origine et blanche de surcroit je n’ai pas de réponse à la question que pose Wes Moore et encore moins le droit d’en offrir, je crois. Mais ce livre est l’un des plus marquants que j’ai lu sur ce sujet qui dérange tant aux Etats Unis. Sans doute parce que beaucoup d’américains se sentent concernés mais impuissants.

 

 

En moins de trois jours, je n’ai pu qu’effleurer la surface de Baltimore. Comme un livre que l’on feuillette en se promettant d’y retourner avec plus de temps, je suis certaine que les années à venir vont me permettre de mieux connaître celle que l’on appelle aux Etats Unis Charm City.

Une fois encore je devrai cette chance à l’un de mes enfants.

 

 

Comments

  1. Hi Evelyne. It’s nice that you enjoyed your visit to Baltimore — a compelling description. Hugs! 🙂

  2. I liked Baltimore, too! Love the rowhouses — I always like those, no matter the city. I think the Chesapeake Bay area is lovely!
    I didn’t know anything about John Hopkins, other than what it was, so that was pretty neat to read about.

    • Like you I really like the rowhouses. And although I’m more used to houses built out of wood, I like the bricks too. The university is beautiful, also built in bricks. The medical school is huge and I like that it is in the city and not away like some are. Thank you for reading me in French too, Joey.

  3. Since I doubt you were arrested in Baltimore, I’m going to assume that the Bing Translate app on my phone is no better than Google 🙂 I like walking around most of the east coast cities. They hold so much history. Thanks for the pictures and descriptions as I have not spent much time in Baltimore.

    • Ha ha! No, I stayed on my best behavior in Baltimore! I’m sure that the French word “arrêtée” has been translated by “arrested.” In this case I meant that I stopped in Baltimore in 2002! This made me laughed! Like you I love the east coast cities for the history. Baltimore’s Civil War Trail is great because everything is centrally located. I will gladly return to visit more. Also the Museum of Art is exceptional. It is also free, which is a nice plus. And the Lexington Market is worth a visit to grab a bite. See you, Dan.

  4. merci pour cette jolie visite, à bientôt

  5. on dit que les goûts et les couleurs ne se discutent pas… 🙂 nous y sommes allés il y a qqs années, mais no big deal! 😉

    • Veux-tu dire que tu as aimé moyennement? Baltimore n’est certes pas une ville aussi facile à aimer que d’autres, mais je suis assez partiale aux endroits qui se découvrent plus difficilement. Sa petite voisine Annapolis est très jolie par exemple et Washington DC présente énormément de contrastes aussi. L’université est excellente et reste le point fort de Baltimore, c’est certain. Le développement de la ville est phénoménal et comme je suis optimiste par nature et crois au pouvoir de la jeunesse, je pense que Baltimore a le potentiel de devenir une ville qui compte tout en conservant son aspect de petite ville. Toujours un plaisir de lire tes commentaires, comme nous avons souvent visité des endroits similaires. A plus tard, Melanie.

Trackbacks

  1. […] unit offered to accompany her to Baltimore for orientation day and housing matters. I wrote a French post about these unique forty-eight […]

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