Post Charlie

Les attaques terroristes contre la rédaction de Charlie Hebdo et contre une épicerie juive à Paris, entrainant la mort de dix-sept hommes et femmes, dont trois policiers, ont bouleversé à juste titre les français.

Y compris les français vivant à l’étranger qui ont bien sûr partagé les émotions de leur pays natal. Je ne peux pas parler à leur place, mais quant à moi mon cœur bat tout aussi fort lorsque mon avion atterrit à Roissy que lorsqu’il se pose à San Francisco, Los Angeles, ou encore Boston.

Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, j’ai, comme tant d’autres, écrit un billet sur mon blog. A l’inverse de beaucoup j’ai choisi de le rédiger en anglais, sachant que les américains n’avaient jamais entendu parler du magazine satirique.

Les commentaires que j’ai reçus ont été en majorité de la part de mes lecteurs américains. Tous ont montré un soutien qui ne m’a pas surprise ; peu de gens sont plus généreux que les américains.

Rapidement cependant il m’a été facile de remarquer que sur Facebook, par exemple, il était clair que l’action se passait entre français et en français. Beaucoup déploraient le silence et l’absence de soutien des américains. Deux jours plus tard apparaissaient aussi les premiers commentaires d’américains qui se déclaraient ne pas être Charlie. Sur mon blog aussi, j’ai alors lu des opinions divergentes.

J’ai lu tous les commentaires de part et d’autre, et j’ai compris et partagé le malaise des français de l’étranger. Il est parfois difficile de vivre entre deux chaises.

Mais j’ai aussi compris pourquoi les américains préféraient s’abstenir de commenter cette actualité douloureuse et complexe et pouvaient ne pas se reconnaitre à travers le hashtag Je Suis Charlie.

 

Il m’aura fallu l’école américaine pour mettre le doigt sur une différence essentielle et capitale, à mon avis, entre la France et les Etats Unis. Dès que ma fille ainée est entrée en maternelle, elle a appris immédiatement deux principes essentiels à la vie scolaire aux USA.

 

  • le respect des Etats Unis.
  • le respect de tous les élèves de sa classe, quelque soient leurs origines ethniques et leurs appartenances religieuses, et qu’ils soient ou pas nés aux Etats Unis.

 

Tous les matins et jusqu’à la fin des études secondaires les élèves américains récitent The Pledge of Allegiance. Ces paroles de fidélité au drapeau des Etats Unis, de liberté et de justice pour tous les citoyens contribuent, je le pense, à créer un sentiment d’unité entre les élèves.

En tant que française peu habituée aux démonstrations patriotiques, je me suis sentie au début un peu embarrassée. D’abord parce que je ne comprenais simplement pas assez l’anglais. Ma fille s’est empressée de remédier à cela, et j’ai donc rapidement appris The Pledge of Allegiance. Malgré cela, mettre ma main droite sur mon cœur en faisant face au drapeau américain me semblait un peu extrême comme rituel scolaire matinal.

Et puis un matin, j’ai regardé les enfants. De toutes les couleurs, un certain nombre avec des parents qui tout comme moi parlaient une autre langue que l’anglais à la maison, pratiquant des religions différentes, et cependant ensemble dans un pays que tous considéraient sans aucun doute leur maison commune. Alors, presque par magie, je suis aussi devenue l’une d’entre eux.

Vous me direz que ce système éducatif n’est pas parfait puisque les Etats Unis ont également eu leur lot de terroristes Made in America. Timothy McWeigh en est un exemple sanglant. 168 américains, dont de nombreux enfants, ont perdu la vie à Oklahoma City le 19 avril 1995 et plus de six cent autres ont été blessés quand cet américain a bombé les bâtiments du bureau fédéral de la ville.

Pour contrebalancer ce triste exemple, il est important de savoir que les jeunes immigrés arrivés sans papier aux Etats Unis à un très jeune âge, qui aspirent maintenant à devenir citoyens américains, proclament un attachement sincère aux Etats Unis qu’ils considèrent leur terre natale.

Le second principe essentiel aux écoles américaines est l’effort constant des enseignants pour favoriser l’échange entre élèves des coutumes religieuses et simplement culturelles dès le plus jeune âge, sans raillerie et jugement. Cet élément me paraît être également la raison derrière l’ouverture d’esprit unique des américains dans ce domaine.

Je ne dis pas que tous les américains sont libéraux et n’ont pas de convictions personnelles que je ne partage pas. Mais la liberté individuelle, la quête de son propre épanouissement se font tout en démontrant un respect total pour les autres.

Je ne dis pas non plus que tous les enfants et adolescents vivent en parfaite harmonie et que les écoles sont des havres de paix. Mais les établissements scolaires ont mis en place des dispositifs réels pour combattre toutes formes d’harcèlement. Cela semble parfois extrême mais une chose est certaine: enseignants et élèves prennent ces mesures au sérieux.

Et puis bien sûr il y a eu le 11 septembre et la découverte pour beaucoup d’américains des pays du Moyen Orient et de l’Islam.

L’ouverture délibérée vers les américains musulmans ne s’est pas passée, et ne se passe pas encore, sans heurts et tâtonnements. Ce qui est certain c’est qu’elle a aussi eu lieu dans les écoles.

Ce qui explique pourquoi personne aux Etats Unis n’a publié le dessin de Charlie Hebdo.

 

Cela ne veut pas dire que les américains ne soient pas des ardents défenseurs de la liberté d’expression.

Cela ne veut pas dire que les américains ne soutiennent pas la France dans cette période de deuil.

Cela ne veut pas dire que les américains ne condamnent pas les actes terroristes sous toutes leurs formes.

 

Il ne m’aura fallu que quelques jours en école maternelle pour mettre le doigt sur ce qui différencie tant les deux pays qui font battre mon cœur.

Il m’aura fallu par contre de nombreuses années passées sur les deux côtes des Etats Unis, et dans des régions très distinctes, pour comprendre pourquoi les américains ont parfois préféré le silence aux commentaires et aussi pourquoi tous ne se reconnaissent pas comme des Charlies après les attentats de la semaine dernière.

Non seulement je les comprends, mais je ne les blâme pas.

 

De façon intéressante alors que je terminais ce billet hier au soir, je suis tombée sur cet article du Monde, émouvant sur tant d’aspects.

En triant mes photos d’été, je suis aussi tombée sur ce joli meltingpot de coquillages qui me donne envie d’une palette humaine semblable.

 

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Comments

  1. I translated, through Google, your article and I’m so glad I did. My cousin was in Paris on that day and shared her thoughts with me. She cried at the pain she knew France would incur, similar to that when terrorists attacked the U.S.
    I, as many Americans, questioned the absence of the Pres., VP, or US Sec. of State in Paris. There is no excuse for the absence, IMHO.
    Thank you for sharing your thoughts, because in so doing you expand our perspectives.

    • Thanks, Mona. Your cousin must have seen a quite different Paris! I just wanted to offer in French a few impressions I get to experience from the US. I’m not an expert in politics, only someone who got to live for many years in France and for almost as many abroad. It’s always good to read you, Mona.

  2. I also translated this using Google. I can almost read enough French to understand it, but not quite.

    Garry and I talked about this a lot especially because he was a member of the working press most of his adult life. He got thousands of death threats over the years. All reporters did. Mostly, I didn’t know about them. He didn’t want to worry me. Lucky for him, for me, for us, the crazies just threatened, but didn’t do anything. American media outlets are not very secure. The nature of media requires they be in touch with the world. They can’t lock the world out and still do their job.

    I think Americans are a little less aware of what’s going on in Europe than Europeans are of what’s going on in America. Our news (I’m sure you’ve noticed!) is very USA-centric and it’s easy to miss the international events if you don’t watch the network news or read newspapers (and many don’t).

    It’s a bit of a national disconnect that we often don’t understand what’s going on in the rest of the world. That being said, it was an ugly set of tragedies and it’s not entirely over yet. I am SO glad Garry isn’t in front of the camera any more. At least he no longer wears that target.

    • Thank you, Marilyn, for reading me in French, even though Google can be a nice helper too. I wrote in French for my French friends, trying to tell them why Americans would avoid to comment or simply would not see themselves as Charlie(s). Since three policemen from different cultures and religions and three Jewish people died as well, I think that we are more than just Charlie. I agree that in general American news is more USA oriented, but in this case CNN for exemple was covering like crazy. Almost more than the French news! I actually got some facts that France released much later.
      I’m sure that Garry has seen his share when he was a reporter. See you on your blog.

  3. J’ai lu ton article en anglais, et je voulais commenter de nouveau et donner mon soutien aussi en français. Comme toujours, j’aime lire tes observations des Etats-Unis comme américaine ‘d’adoption’. Tu as bien compris la mentalité et les démonstrations patriotiques. Quand j’apprendais français en école aux Etats-Unis, mon premier texte était The Pledge en français (Je donne ma parole d’honneur, au drapeau des Etats-Unis…) Mais je suis absolument d’accord avec le mouvement ‘Je suis Charlie’ et les droits qu’il voulait sauvegarder.

    • Cela me fait plaisir de te lire en français, Kimberly. Et je suis contente qu’en tant qu’américaine tu apprecies de lire mes impressions vues par une française devenue elle aussi américaine. Je pense qu’il faut beaucoup de temps pour comprendre vraiment un peuple et son pays. Je suis toujours en train d’apprendre! Merci en tous cas pour ton effort de communication dans ma langue natale. Et bravo pour ton français!

  4. Evelyne, this is another beautiful post [despite the imperfections of Google’s translator 🙂 ]
    Huge hugs my friend.

    • Ah if Google’s translator didn’t exist! Thank you, Teagan, for your loyalty. I didn’t expect Americans to make the effort to go through the translation, but of course i should have known that Americans like to support their bloggers friends. So merci, Teagan.

  5. It’s good to know that I’m not alone in relying on Google to give me access to your French posts. I have learned a lot about French culture from your posts and I can honestly say that you represent America as well as anyone and probably better than most in a public forum. That you for that! I can express my sadness, my empathy and my concern for the safety of the people of France, but I don’t know this magazine, I don’t understand the culture and I’ll probably get it wrong. Again, thank you for representing me.

    • I like what you say, Dan, because I think that exactly why American people in general stayed away. This magazine can only be understood by French people and not that many read it. I did as a student because this is when we are the most curious and adventurous. I appreciate your kind words toward the people of France. I smiled about what you write about not understanding the culture because I think it is indeed much easier for me to fit in the States as a French native than it is for anyone else born abroad to fit in France.

  6. Merci pour tes explications, c’est d’autan plus interressant vu d’Angleterre. Les anglais sont surment plus resevés, mais on tetrouve le meme soucis d’inclusion dans le systeme scolaire. Par contre, grace a la presse surement qui s’est fortement mobilisée, les anglais se sont sentis concernés et solidaires. Il y a ausdi la peur sue ce qui est arrivé à Paris se passe à Londres.

    • Je suis certaine que les anglais et américains ont beaucoup en commun surtout en éducation. Je le pense souvent en lisant ton blog, quand je retrouve des expériences communes entre toi et moi. L’Angleterre et la France sont si proches que les issues liées au terrorisme et aux échecs de l’inclusion culturelle et religieuse ne peuvent qu’être partagées. L’espoir de trouver des solutions aussi d’ailleurs. A plus tard, Pomdepin.

  7. Used Google translator as, beautiful and touching post.

  8. I should try Google Translator, really, now that so many of you do. In any case, it’s always good to see you, Mary.

  9. Bien sûr, c’est plus facile pour moi en français !!
    Ton double regard sur tes deux pays est vraiment passionnant et nourrit ma réflexion…Comme tu le sais la France n’a pas la même histoire, elle a un rapport à l’autre d’ancien pays colonisateur, et une identité forte, une histoire longue …Compliqué pour nous de nous ouvrir à l’autre…Pas facile pour ce vieux pays de devenir pluriculturel, d’ailleurs, je crois qu’il ne le veut pas. Je ne m’en félicite pas mais je constate S’inventer autrement tout en étant uni autour de mêmes valeurs, c’est un long et dur chemin !
    Je t’embrasse

  10. Merci pour ta visite, Kali. En effet, la France et les US sont aux antipodes pour l’inclusion. Ce n’est pas parfait ici non plus, et j’aime aussi beaucoup la France originale dans ses choix et priorités. Un pays entre les deux serait sans doute assez proche de l’idéal. Les générations plus jeunes améneront le changement, petit à petit. Je crois vraiment en leur pouvoir. A un de ces jours, Kali.

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