Laissez les Bons Temps Rouler

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Après les paysages alpins de Lake Tahoe, la roche ocre et sculpturale de l’Utah et du Nouveau Mexique, la tentaculaire métropole de Dallas, la Louisiane m’ouvre ses portes.

Des équipes qui entretiennent les autoroutes tondent, coupent, élaguent une végétation luxuriante qui bondit hors des talus.

Des noms à consonance française annoncent des lieux-dits, des villages, des petites villes, des villes…

Ville Platte, Grosse Tete, Maringouin, Plaquemine, Metairie, Mandeville, St Gabriel, Baton Rouge…

La première fois que je me suis rendue au Québec, je ne pouvais m’empêcher de lire à voix haute des noms similaires. A travers eux j’imaginais l’histoire de ceux et celles qui quittèrent la France pour l’Amérique du Nord.

Que recherchaient ces hommes et ces femmes ?

Quelles étaient leurs aspirations ?

Avaient-ils laissé derrière eux des rêves inachevés ?

Leur voyage est dorénavant inscrit dans ces paysages québécois qui ont du les surprendre, les séduire, et les faire rêver.

En Louisiane, je me demande la même chose.

Belle Terre, La Place…

Sans aucun doute ont-ils trouvé les paysages beaux et hospitaliers pour leur donner de tels noms.

Au niveau du lac Pontchartrain, juste avant d’entrer la Nouvelle Orléans, nous sommes à peine au-dessus du niveau de la mer. Dès que nous quittons l’autoroute nous sommes entre un et deux mètres au-dessous. Il y a encore deux jours nous étions à 2500 mètres d’altitude.

Curieusement un vertige similaire me saisit. L’impression de pouvoir couler à tout instant…

La Nouvelle Orléans symbolise encore Katrina.

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En août 2005, les vents ici ont soufflé à plus de 175 km à l’heure, arrachant toitures et habitations sur leur passage. Les eaux que les digues anciennes et fragiles n’ont pu contenir ont déferlé sur la ville. Les conséquences de ce désastre naturel et de la lenteur des secours ont été dramatiques.

Huit ans après, le French Quarter porte encore la signature de l’ouragan le plus dévastateur de l’histoire des Etats Unis.

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Dans la rue Bourbon, l’alcool coule à flots. La Nouvelle Orléans est la seule ville américaine où l’on peut boire librement dans la rue. De jeunes prostituées posent nonchalamment à l’entrée des bars. L’une d’entre elles, plus jeune que ma fille ainée, croise mon regard. Nous échangeons un bref sourire. Un saxophone pleure dans la nuit. Un musicien fait des claquettes tout en grattant les cordes de sa guitare. L’odeur qui monte de la rue agresse les narines. Un homme titube dans notre direction et continue son chemin en murmurant des propos incohérents. Des plateaux d’huitres circulent entre les tables des brasseries. Les menus annoncent boudin, saucisse et cuisine Cajun.

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Au bout de la rue, sur le boulevard qui semble appartenir à une autre ville, trois policiers à cheval demandent leurs papiers à deux vendeurs à la sauvette.

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Nous dinons dans un restaurant paisible de la rue Royale. Dans la cour intérieure, la glycine enlace amoureusement les piliers des lampadaires. L’éclairage tamisé fait briller les pavés irréguliers. Un oiseau se pose pour boire à la fontaine située au centre du jardin.

Notre serveur a travaillé dans plusieurs villes de France mais nous conversons en anglais. Tout comme la Nouvelle Orléans il porte dans les yeux les marques d’une longue vie et ses anecdotes parlent d’un passé riche et aventureux.

Un chat sable et gris glisse le long des fenêtres de la véranda. Si nous nous étions assis dehors, j’aurais senti la douceur de son manteau contre ma jambe nue.

« It’s a Katrina cat, » dit le serveur. «  Nous l’avons adopté après… »

Il ne termine pas sa phrase.

La Nouvelle Orléans symbolise encore Katrina.

Ses yeux se voilent alors que le chat disparait dans l’ombre du fond de la cour.

L’animal revient quelques secondes plus tard, accompagné d’un autre félin. Tous deux se glissent entre les pattes des tables en fer forgé, abandonnées par les convives. Sans doute sont-ils à la recherche d’un morceau de viande ou de poisson qui serait tombé au sol.

« C’est bon signe que les chats reviennent ici, » dit le serveur. « C’est la marque d’une bonne maison. »

Katrina marque toujours la Nouvelle Orléans, mais l’espoir est 100% américain.

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P.S. Je ne vous ai pas oublié. J’aime toujours vos blogs. Si je n’ai pas commenté sur vos récents billets, c’est seulement parce que j’ai suivi à la lettre le motto de la Nouvelle Orléans: “Laissez les bons temps rouler.”

I haven’t forgotten about you and your blogs. If I haven’t commented on your recent posts, it’s only because I’ve followed New Orleans’s motto:

“Let the good times roll.”

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Comments

  1. What time were these photos taken? seems so quiet for a place with so much night time fanfare 🙂

    • Earlier in the afternoon for most. I didn’t want to take any pictures of the people later at night, but believe me it was loud and noisy! Thanks, Andy, for stopping by.

  2. I was in NO for the first time in 2013 for a conference. I missed the night life, but I enjoyed the food and enough beverages. It’s fun to read a description from someone who paid way more attention than I did. Great post!

    • Thanks, Dan. The food was great, but as a French native, I was probably more attracted to the architecture, although I read that only one structure is left from that time. I would like to return to Louisiana and explore more of the section between Baton Rouge and New Orleans.

  3. claireannette1 says:

    Hello Friend! You are sure getting around! Just got back to Beijing. I have lots to share but just wanted to say hello for now. I couldn’t get my email until today. we learned that Google was blocked from China for a month because the govt was worried about reaction during the tianamen square anniversary Xoxo Claire

    Sent from my iPhone

    >

  4. Hi Evelyne, lovely photography. Was wondering how I might be able to read your posts – they are in French?

    • Since I am traveling across the US, I thought it would be more interesting for my French readers, family and friends who read me in my native language. Some of my fellow bloggers have mentionned in their comments that they use Google Translator, probably with mixed results. Do you think that two versions would be a good idea? I try to alternate between English and French, depending of the topic. Hope you can find a way to read it!

  5. Je pensais que Katrina avait laissé de profondes cicatrices, mais pas à ce point-là. On n’imagine pas à quoi un tel phénomène peut ressembler ici. Profites-bien de ton road-trip!

    • Des immeubles entiers n’ont pas été reconstruits et beaucoup de résidents ne sont jamais revenus. La vie continue mais les conséquences sont importantes. Malgré cela les gens que j’ai croisé gardent espoir et l’amour de cette ville unique. Ce road trip est super! A plus tard pour un autre billet.

  6. Ha. Keep letting the good times roll — as they say, life is too short.
    Hugs!

  7. I really loved New Orleans, though we have not been there since Katrina. I understand the old part of the city was mostly spared. Nice that something was spared. I hope we get back to visit again some day. Thanks for the memories.

    • Thank you, Marilyn, for stopping by. New Orleans is a unique city with a fascinating story.
      The French Quarter has worked hard to reopen its shops, galleries and restaurants as soon as possible after Katrina and they have done a great job, yet the entire city has suffered so much that it was impossible to rebuild everything. I hope you’ll get a chance to return to the Big Easy.

  8. Très bel article, Evelyne; sur une catastrophe qui a beaucoup fait écrire : James Lee Burke (“La descente de Pégase” et “La nuit la plus longue”, Amanda Boyden (“En attendant Babylone” ) entre autres…C’est une histoire qui m’a touchée, et qui a aussi montré une Amérique à deux vitesses.

  9. Cette ville a tellement a offrir! J’habite moi-meme a Baton Rouge mais passe beaucoup de temps a la Nouvelle Orleans. J’espere que vous aurez le temps de vous ecarter du French Quarter pour decouvrir le reste de la ville. Le Marigny, le Bywater, Bayou St John, le Garden District sont tous des quartiers ou il fait bon se balader!

    • Oh, et j’oubliais… Si je peux me permettre, il y a une petite erreur dans votre texte… La ville est, au plus bas, a 2 metres sous le niveau de la mer! 😉

    • Merci beaucoup pour votre visite sur mon blog et pour toutes vos suggestions. En fait dès que nous avons quitté la Nouvelle Orléans, nous nous sommes promis de revenir pour une semaine en Louisiane tellement nous avons aimé et réalisé qu’il y avait tant à découvrir. Et je suis embarrassée pour les mètres au-dessous de la mer! Of course, je me suis mélangée les pinceaux avec la convertion. Il faut toujours se relire! Surtout quand on écrit sur la route. Merci mille fois pour la correction. A plus sur votre blog.

  10. My French is not good enough to follow you en français, but I love trying — and I especially j’aime l’histoire des chats returning to New Orleans.

  11. I’m glad you like l’histoire des chats because I like it too! And merci for reading me in French. I appreciate your effort, Susanna.

  12. décidément, Evelyne, nous avons visité les mêmes endroits… 🙂

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