La Soif d’Or Californienne

photo-83

Lorsque j’ai quitté Paris pour la baie de San Francisco mes collègues parisiens se sont gentiment moqués de moi.

« Tu vas rapidement t’e——-. A part la piscine et la plage qu’est-ce qu’il y a là-bas ? »

Rétrospectivement je crois qu’ils étaient un peu jaloux. Mais il est vrai que la baie de San Francisco entre 1990 et 1995 m’apparut comme la province. Sans les cafés.

J’avais le sentiment qu’elle vivait au ralenti en comparaison avec le pouls rapide de Paris.

En réalité elle retenait son souffle, suspendue, nous tenant en haleine avant de nous époustoufler une fois de plus.

J’ignorais simplement que la Silicon Valley est aussi l’une des vallées californiennes et qu’une nouvelle ruée vers l’or se préparait en coulisses.

Les participants ne porteraient pas des Levis et des bottes ; shorts et flip flops feraient l’affaire.

Je croyais connaître la Californie, mais j’ai compris beaucoup tard où l’entreprenariat californien prenait ses racines.

Bien que notre départ de Paris ressemblait à celui de ceux qui avaient pris la route vers l’ouest – quelques valises et un couffin en plus – je ne réalisais pas encore ce qui distinguait ma France natale de cette terre où l’herbe était verte en hiver et dorée en été.

Il aura fallu une maison perchée au sommet d’une colline dans la Sierra Nevada pour que je fasse connaissance avec ce qu’on appelle ici le Gold Country.

L’histoire de la ruée vers l’or se retrace en effet à travers les petites villes qui peuplent la Sierra. La conquête de l’or se déroula entre 1848 et 1855 mais connut son apogée entre 1849 et 1852.

1849 ou ’49 reste à ce jour la date qui symbolise la ruée vers l’or. En effet c’est en 1849 que la majorité des chercheurs déferlèrent dans les collines de la Sierra Nevada. En leur mémoire l’équipe de football de San Francisco s’appelle les 49ers et la route qui connecte les petites villes les plus importantes dans le Gold Country, Route 49.

Malgré les tensions entre les chercheurs d’or venus de tous les Etats Unis (la Californie n’était pas encore entrée dans l’Union) et du monde entier (y compris des français), la ruée vers l’or changea à tout jamais le paysage démographique de la Californie. Dorénavant cet état sera défini par sa diversité ethnique et culturelle.

Ironiquement James Marshall, le premier à découvrir l’or dans l’eau de la rivière American qui coulait à travers la propriété qu’il avait construite pour son boss John Sutter, ne devint jamais riche. En fait les deux hommes finirent ruinés quand des milliers de chercheurs débarquèrent sur leurs terres pour collecter l’or dans la rivière.

Les chercheurs d’or du 19e siècle prirent des risques inconsidérés pour arriver dans les collines de  la Sierra. Sans moyens de transport modernes, avant que le Panama Canal Railway ne taille la route entre l’Atlantique et le Pacifique, beaucoup tombèrent malade et périrent à bord de leurs chariots, plus tard dans des incendies, ou encore poignardés au cours des fréquentes bagarres entre les chercheurs. Malgré cela ils continuèrent de venir, et si la majorité d’entre eux n’a pas fait fortune, beaucoup sont cependant restés et ont fait leur vie en Californie.

De cette époque pleine d’excès est née San Francisco. La bourgade de 800 habitants en 1848 vit sa population atteindre 50 000 habitants en 1853.

Parmi les plus grandes fortunes faites pendant cette courte période de temps où tout était permis pourvu d’être le premier arrivé : Levi Strauss et l’institution financière Wells Fargo.

photo-79

La visite récente du président français dans la Silicon Valley a suscité des réactions mitigées. Pour les français qui ont créé leurs entreprises ici plutôt qu’en France, c’est parce que leur pays natal ne leur a pas offert les opportunités de la Californie.

Comme des milliers d’autres, ce n’est plus un métal précieux caché dans les eaux qui coulent au cœur de la Sierra qu’espèrent ces nouveaux chercheurs d’or.

L’or n’est plus, même si parfois j’aperçois au bord d’une crique un homme penché au dessus de l’eau. A la recherche d’une pépite? Ou d’une idée qui lui apporterait la fortune?

La ruée vers l’or n’est plus qu’une métaphore.

Mais une métaphore peut être éternelle.

La soif d’opportunités n’a jamais quitté la Californie.

Avec tous ses rêves, ses succès, ses échecs, et ses excès qui l’accompagnent.

photo-78

Comments

  1. En effet, c’est bien loin de la mentalité française, et on comprend pourquoi les futurs entrepreneurs y compris les français, s’y installent.

    • Merci pomdepin. Avec toujours les mêmes rêves qui entrainent parfois des excès et certaines injustices aussi. Mais le risque qui accompagne l’aventure est présent et c’est vrai que c’est un état d’esprit diffèrent de celui dans lequel j’ai grandi. A bientôt sur votre blog.

  2. Hi Evelyne. I’m pleased i found this using “random post.” Another lovely post.
    By the way (if i mentioned…) I haven’t heard back about the job in Silicon Valley with my current agency. However they did note the file that i was “found eligible.” It’s extremely unlikely, but one never knows.
    Hugs!

  3. So nice to see you, Teagan, on an ‘old’ post. Best of luck to you. Let me know!

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: