D’une Marmotte et d’une Sècheresse Historique en Californie

La Chandeleur américaine s’appelle Groundhog Day. Dimanche, pendant que les français faisaient sauter leurs crêpes, les américains attendaient qu’une marmotte qui répond au nom étrange de Punxsutawney Phil montre ou non son ombre, décidant ainsi de la durée de l’hiver.

Le « groundhog » que les dictionnaires traduisent par marmotte américaine a peu à voir avec les marmottes qui pointent le bout de leurs nez curieux quand je me ballade en montagne.

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Groundhog Day prend racine dans les années 1800, en Pennsylvanie dans la petite ville au nom imprononçable de Punxsutawney.

Si le 2 février est ensoleillé, la marmotte verra son ombre et cela annonce un hiver qui durera encore six semaines.

Si par contre, la journée est couverte et que la marmotte ne voit pas son ombre, le printemps arrivera vite.

Pas de chance pour ceux et celles qui n’aiment pas trop l’hiver: le groundhog 2014 a vu son ombre. Six semaines d’hiver supplémentaires.

J’en suis désolée pour mes concitoyens qui vivent dans le milieu du pays et sur la côte est. Ils connaissent cette année un hiver particulièrement rigoureux. Mais si on en croit le groundhog l’hiver pourrait finalement arriver sur la Californie où la sècheresse commence à être le sujet #1 de nos conversations.

En ce début de siècle nous sommes surinformés, et pourtant je suis surprise du nombre de gens qui vivent sans jamais songer au rôle que la nature a sur nos vies.

On peut l’ignorer, ne pas l’aimer, voire la détester, et même la mépriser, elle n’en reste pas moins notre boss.

Son pouvoir est impitoyable et se moque de nos certitudes et de notre arrogance. Dommage que nous ne fassions attention à elle que dans les cas extrêmes.

Normande par naissance, parisienne par choix, résidente du Massachusetts et du Maine un peu plus par hasard, je n’aurais jamais pensé que l’absence d’eau ferait un jour partie de mes préoccupations. Mais vivre en Californie c’est s’habituer à deux saisons. La saison des pluies varie entre le mois de novembre et le mois d’avril et le reste c’est la saison sèche.

La Californie passe régulièrement par des cycles de sècheresse ou de précipitions plus ou moins importants. Notre dernière vraie saison des pluies remonte à l’hiver 2010/2011. Janvier 2011 a connu des records de chute de neige qui ont remis les réserves d’eau à jour. Mon genou gauche s’en souvient de temps en temps car je me suis claquée deux ligaments en skiant – et tombant – dans des mètres de neige. Depuis cet hiver mémorable nous avons laissé nos impers et parapluies dans nos placards. Et avec eux nos Polairs et manteaux d’hiver. Car la sècheresse de ces deux dernières années est aussi accompagnée de températures trop douces pour l’hiver.

Il y a deux semaines, Jerry Brown, le gouverneur de Californie, a déclaré l’état de sècheresse sur l’ensemble de l’état. Depuis, un certain nombre de contés allant du nord au sud sont déjà en péril. On parle d’une sècheresse que la Californie n’aurait pas connue depuis cinq cent ans.

L’eau vient, comme chacun sait, de la pluie et de la fonte des neiges. En Californie, la neige vient de la Sierra Nevada.

L’eau qui alimente la baie de San Francisco vient du réservoir et du barrage de Hetch Hetchy construits à la sortie est du parc national de Yosemite, à environ 250 kilomètres de San Francisco. Ce réservoir et ce barrage fournissent l’eau municipale pour toute la baie de San Francisco. Cet été quand l’incendie, appelé le Rim Fire, faisait rage à deux pas de Hetch Hetchy l’inquiétude grandissait car le barrage était menacé ainsi que la qualité de l’eau à cause des cendres qui risquaient de s’y répandre. Il n’en a rien été, mais de nouveaux feux brûlent maintenant à travers la Californie, fait rarissime en cette saison.

Les conséquences de l’absence de précipitation sont nombreuses.

La plus immédiate affecte bien sûr les agriculteurs et les fermiers qui sont de toute façon en permanence engagés dans une bataille pour obtenir l’eau nécessaire à l’irrigation de leurs plantations. Sans eau beaucoup vendent leur bétail car le prix des fourrages a augmenté de façon exponentielle tandis que d’autres laissent mourir leurs arbres. La Californie est #1 national en production de pistaches, d’amandes, de raisins secs, et d’olive. Les conséquences économiques seront importantes.

A cause de l’absence de neige, Badger Pass, l’unique station de ski dans Yosemite n’a pas encore ouvert ses portes. Mes enfants ont appris à skier à Badger où les écoles de la région envoient les enfants tous les vendredis de janvier à avril. Les petits restaus, cafés, et magasins situés aux différentes entrées de Yosemite ont vu leur activité commerciale chuter de façon dramatique.

Quant à Los Angeles, la ville reçoit son eau à partir d’un réseau d’aqueducs qui puisent dans la Owens River, le Mono Lake Basin et divers réservoirs situés au sud de la Sierra, tous au plus bas cette saison.

Si vous lisez l’anglais couramment et voulez en connaître davantage sur la relation de la Californie avec l’eau et sur les différentes « Californias » je vous recommande de lire Mark Arax. Natif de Fresno, ville complexe et en pleine expension située au cœur de la Californie, Arax a été longtemps journaliste au LA Times. A travers ses livres il partage ses origines arméniennes, son infinie tendresse pour la vaste Californie centrale qu’il appelle la Californie oubliée et sa colère de la voir dilapidée. Son écriture est superbe, parfois presque poétique, et ses livres/reportages  se lisent comme des romans. Mes préférés sont The King of California et West of the West : Dreamers, Believers, Builders, and Killers of the Golden State.

Dimanche soir, chez moi on mangeait des crêpes.

L’une de mes filles était à la maison pour le weekend. Dès son arrivée je l’ai entendue bavarder avec son frère. Il était question de crêpes et de la façon dont je les fais comme personne. Facile je n’ai pas de concurrence ici. Mais un compliment reste un compliment.

En fait ce qui m’a fait vraiment plaisir quand je l’ai entendue c’est que les crêpes symbolisent mon enfance en Normandie et que j’ai réussi à en faire le même symbole pour mes enfants à 9 000 kilomètres de distance.

Il est tombé quelques gouttes pendant notre dinner. Pas de quoi chanter victoire.

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Comments

  1. I read this post via the Google “translate this page” option so I won’t get too detailed with the comments because I’m not sure it did a very good job. I like that you point this out because many people in the US don’t understand the periodic dry spells on the west coast. I lived in Seattle, WA (go Seahawks) in the late 70’s early 80’s. We moved there at the tali end of a long drought. We visited Yosemite and the Falls were nothing more than a trickle. I hope you get some moisture before conditions get worse.

  2. First of all, thank you for reading my prose in French, even with Google. At least another blogger does it and I’m impressed. I wouldn’t have suspected about Seattle, which for California residents is much too rainy. This year Oregon is suffering from the drought as well. The Yosemite Falls are so spectacular after a good winter. I have climbed to the top twice and it’s a pure marvel. If it doesn’t rain they will be similar to what you saw in the early 80s.
    And alhough my friends don’t like the Seahawks, I have nothing against them since I know nothing about football!
    Today I drove to Davis (near Sacramento) and I saw handmade signs in the fields that read “Pray for Rain.” There was no way I could stop because of heavy traffic but I would have loved to snap a shot of this desperate sign. So thank you for your rain wishes.

  3. Alors qu’en Angleterre, nous avons les pires inondations depuis longtemps, particulièrement dans le Somerset. Cela fait un mois qu’on attend la décrue, et la pluie continue…un drôle d’hiver un peu partout cette année!

  4. Oui, c’est en effet assez incroyable et effrayant de voir de telles différences de climat. Je comprends maintenant pourquoi vous souhaitiez tant le soleil dans les réponses à votre questionnaire!

  5. Il n’y a plus de saisons comme ils disent…
    Pour un peu plus de légèreté, si jamais vous ne connaissez pas le film cultissime (pour ma sœur et moi en tout cas 😉 ) UN JOUR SANS FIN avec le jour de Phil la marmotte, je le conseille ! Ce n’est pas un documentaire loin de là mais ça parle de Phil qui doit prédire le printemps et c’est surtout drôle et surréaliste à souhait.

  6. Non, Amandine, je ne connais pas le film Un Jour Sans Fin ou alors c’est la version traduite de Groundhog Day avec Bill Murray et Andie MacDowell. Je l’adore et d’ailleurs ma famille le regarde presque chaque année le 2 février. C’est en effet l’histoire d’un jour qui se répéte et se répéte jusqu’à …Je ne peux pas donner la fin si ce n’est pas le meme film dont nous parlons.
    Bonne nouvelle: il a plu en Californie aujourd’hui. A plus tard et merci encore de votre visite.

  7. vraiment intéressant, cet article, et oui, notre maître est la nature, contre laquelle on ne peut pas lutter. Ici, ce sont en ce moment des inondations dans divers départements, à l’Ouest, tout ça devrait nous rappeler à l’ordre, on a fait tant de choses stupides, soit pour faire de l’argent, soit par stupidité ( l’un et l’autre se rejoignant souvent ! ). Ici, chez moi, dans le Rhône, nous avons un hiver particulièrement clément, pas de froid, alternance de pluie et de soleil, ça ressemble plus à un printemps timide…Alors qu’on nous annonçait un hiver parmi les plus rigoureux de ces dernières décennies ! Oui, “Le jour de la marmotte”, avec Murray !

  8. Merci, Simone pour votre visite. Merci aussi pour le rappel du titre du film. A un de ces jours.

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