Un Eggnog, Please.

A travers plusieurs blogs écrits par de jeunes américains et américaines j’ai été un peu attristée de lire leur désabusement par rapport à Thanksgiving et aux fêtes de fin d’année en général. Ces journées qui rassemblent famille et amis pendant de long repas peuvent, je le reconnais, paraître un peu too much pour ceux et celles qui ne se voient qu’à cette occasion.

D’autres bloggeurs se plaignaient des fêtes qui isolent et stigmatisent ceux et celles qui sont seuls. A cause de la distance ou de leur éloignement affectif avec leurs familles.

Les fêtes de fin d’année peuvent être en effet les jours les plus gais ou les plus tristes de toute une année.

Ayant passé plus de Noël aux US qu’en France depuis mon départ de Paris, je partage facilement les sentiments d’isolement de ces bloggeurs.

Mais je sais aussi que faire le premier pas crée l’envie d’inviter et entraine souvent une invitation réciproque.

Plus la garantie d’apprendre quelque chose.

Pendant des années quand mes enfants étaient petits et que nos amis américains passaient Thanksgiving et Noël dans leurs familles, mon mari et moi invitions toujours quelqu’un qui était seul ce jour là.

Vous seriez surpris du nombre de gens qui le sont mais ne le clament pas sur les toits. Leur sourire au moment de l’invitation vaut la peine d’oser.

Notre premier invité a été le boss de mon mari qui, seul à la dernière minute pour Noël, a accepté de bon cœur notre invitation à déjeuner. Il est arrivé vêtu d’un très beau pull rouge – les américains portent beaucoup de rouge dès Thanksgiving. Quand je lui ai proposé un verre pour l’apéro il m’a dit qu’il aimerait bien un eggnog.

Je pensais être prête avec ma dinde dodue, mes purées en tous genres, mon vin blanc et mon vin rouge.

Qu’est-ce que pouvait bien être du eggnog ?

Aussi étonnée que je ne sache pas que je l’étais de sa requête, le boss de mon mari m’a tout dit sur le eggnog.

Sur le principe qu’il faut essayer avant d’émettre un jugement, je me suis précipitée chez Safeway dès le lendemain.

Bon, je préfère encore mon vin rouge au eggnog, mais tous les gouts sont dans la nature, alors si vous avez l’occasion n’hésitez pas.

On apprend les coutumes de notre terre d’adoption en les découvrant.

En tous cas après ce déjeuner, je n’ai jamais oublié d’acheter un carton de eggnog au moment des fêtes.

Au cas où.

Cette première invitation a mené à d’autres et nous avons donc aussi été invités.

Tendre la main est contagieux.

Cependant le mois de décembre pour les immigrés que nous sommes reste un mois empreint de sentiments mitigés.

Après des années sur les deux côtes des US où trois de nos enfants sont nés et une assimilation réussie, décembre reste compliqué au niveau émotionnel.

Pour nos familles françaises, il est difficile de nous savoir à 10 000 km.

Pour nous, il est impossible de nous déplacer chaque année car nos enfants n’ont qu’une semaine de vacances en commun. Un peu léger pour un aller retour San Francisco Paris.

Nous l’avons fait et avons adoré être en famille et en France pour ces quelques jours.

Rétrospectivement c’est épuisant physiquement mais encore plus émotionnellement. Se partager équitablement entre tous ceux qui veulent nous voir nous entraine à échafauder des plans compliqués et crevants.

De plus nous avons quitté la France pour de bon en décembre, alors retourner sur les lieux du crime à cette même époque suscite inévitablement une réflexion sur notre choix et ses conséquences.

Malgré ces tiraillements que je ne peux pas nier, je reste cependant convaincue que l’on n’est pas obligé d’être seul pendant les fêtes. En tous cas tant que l’on est jeune. Pour les personnes âgées, cela reste une réalité douloureuse mais pour les autres il reste la possibilité de simplement demander :

« Que faites vous le 24 au soir? »

« Avez-vous des plans pour le 31 ? »

« Vous êtes libres à déjeuner le 1er janvier ? »

J’ai souvent été surprise des réponses.

Comme on dit en France : On n’a rien sans demander.

Et puis on apprend tant quand on reçoit les autres chez soi.

Par exemple que le eggnog n’apparaît dans les supermarchés que pour quelques semaines par an. C’est pour cela que je l’avais manqué.

Of course.

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