De Recette en Recette…

Je suis certaine que la plupart des immigrés, durant leurs premières années aux USA, ont tout comme moi pataugé entre les recettes de leur pays natal et les recettes américaines accumulées au fil des mois.

J’ai déjà confessé mon incompétence culinaire avant d’avoir eu mon premier enfant. Ce manque de talent ne m’a pas aidée quand j’ai débarqué en Californie.

Et pourtant cela ne m’a pas empêché de découper ou de recopier – avant l’Internet et les imprimantes à domicile c’est ce que l’on faisait – des dizaines de recettes avec le but de créer mon propre livre de recettes.

Je ne l’ai jamais fait.

Et pourtant, dans ma cuisine, un de mes tiroirs est plein de ces recettes, arrachées dans des journaux et magazines, recopiées sur des feuilles de papier, parfois glissées dans des chemises avec des titres qui promettent un futur classement : Desserts, A essayer, Difficile, Peut-être, Pour un diner spécial…

La plupart sont en vrac.

« Comment t’y retrouves-tu?» disent mes filles quand elles y jettent un œil curieux et prudent. « Assez surprenant de ta part. »

C’est vrai, je ne suis pas du genre fringues par terre et vaisselle dans l’évier pendant deux jours. Mais pour les recettes, c’est très diffèrent.

Comment pourrais-je expliquer à mes filles sans donner dans le côté fleur bleue que je tiens à toutes les garder ces recettes? Elles représentent bien davantage que de simples directions pour réaliser une entrée, un plat ou un dessert. Pêle mêle dans mon tiroir elles témoignent de mes premiers pas dans ce pays qui m’était si étranger. A commencer par sa cuisine.

Cuisine et assimilation vont main dans la main. Faire d’une recette étrangère la sienne c’est un pas vers l’adaptation. C’est prouver que l’on fait aussi partie de ce nouveau pays.

Je me souviens encore de mon humiliation lorsque, invitée pour un café chez la voisine d’une de mes copines, j’ai apporté fièrement mes premiers brownies.

« Je ne fais jamais mes brownies à partir d’un mix, » m’a-t-elle dit. « Toujours from scratch. »

J’ignorais le concept de mix et encore plus le sens de l’expression from scratch.

J’ai essayé de lui expliquer que j’avais suivi la recette préférée de Katherine Hepburn. Elle m’avait semblé suffisamment américaine. Et quand j’ai cherché dans mon dictionnaire la traduction de « from scratch, » qui en cuisine se traduit par fait maison, j’ai espéré faire des rencontres plus sympas.

Non seulement je me suis fait de vraies amies mais mes brownies ont fait le régal de mes enfants, de leurs copains et copines de classe, de leurs amis, et des amis d’amis.

Les recettes américaines trompétaient des titres mystérieux qui me mettaient l’eau à la bouche et des envies de découverte dans la tête. A Paris quelques restaus américains s’étaient ouverts  dans les années 80, particulièrement dans le quartier des Halles, et leurs menus faisaient voyager les parisiens sans quitter Paris. On se retrouvait pour diner autour d’un bol de chili con carne, d’une Cobb salade, d’un hamburger et d’un cheesecake pour dessert. Les serveurs et serveuses étaient américains et parlaient français comme je parlais anglais.

En Californie, la gourmande que je suis découvrait le banana bread, le carrot cake, les cupcakes et les cookies. Et la cannelle. J’en suis un peu revenue, mais au début qu’est-ce que j’aimais ! Les années vanille étaient oubliées pour cet épice qui pour moi incarnera toujours les States.

Et puis je découvrais des plats que je n’ai pas toujours adoptés mais dont le nom m’intriguait suffisamment pour que je les essaie.

Comme les recettes de “casserole,” à cause de leur nom. En fait une casserole à l’américaine n’a rien à voir avoir avec nos casseroles françaises. C’est simplement un plat cuit et servi dans un plat en terre cuite, en pyrex ou en fonte. Les américains trouvent les casseroles très pratiques pour emmener chez les copains, pour la Holiday Season (période festive qui commence juste après Thanksgiving), quand une copine vient d’avoir un bébé, quand un ami vient de perdre un proche, ou pour un potluck (à la bonne franquette) entre voisins de quartier.

De vous à moi, vous pouvez ignorer les casseroles américaines. Aucune ne vaut vraiment la peine de se resservir. En revanche les plats de lasagne déclinés de la recette italienne traditionnelle aux plus fantaisistes versions végétariennes, valent le détour.

En ce début Novembre qui est le mois où les Américains (les Canadiens le font en Octobre) expriment leur gratitude autour du diner de Thanksgiving, je prépare aussi ma petite liste de mercis.

Et les recettes de Thanksgiving en font partie.

Car celles que j’ai découpées avec le plus d’intérêt sont de loin les recettes de cette fête tellement unique. Cranberry sauce, sweet potato purée, glazed carrots, sausage pecan stuffing gravy, corn bread, pumpkin pie : leurs noms me fascinaient et je les trouve encore aujourd’hui trop magiques pour les traduire.

Le monde s’est uniformisé et un grand nombre de plats Made in USA ont traversé l’Atlantique. Même ma maman parle de cupcakes et de cookies. Les biscuits à la cannelle sont maintenant très populaires en France, servis avec un express au fin fond des cafés de ma Normandie natale.

Mais je garde de ma collection désordonnée de recettes le souvenir de mes premières découvertes.

Et de recette américaine en recette américaine, j’ai fait en leur compagnie un (bon) bout de chemin vers mon intégration.

Même si parfois je n’ai fait que les lire.

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