Souvenirs d’Halloween

Mon premier Halloween américain a été très paisible. Nous étions arrivés depuis dix mois en Californie. Je m’occupais à plein temps de deux bébés de vingt-deux mois et de cinq mois, mon mari travaillait beaucoup, nous n’avions que quelques connaissances, pas d’amis encore, et je pataugeais dans un anglais approximatif.

Halloween n’est vraiment entré dans notre famille que l’année suivante quand nous avons inscrit notre petit bout de fille à l’école maternelle (preschool ou nursery school aux US). Décision difficile car elle n’avait que deux ans et demi. Mais si nous voulions qu’elle réussisse son insertion dans le système scolaire américain nous avions compris que l’apprentissage de l’anglais à un jeune âge était nécessaire. Pas question d’attraper l’accent de papa et maman. A la maison nous ne parlions que français.

Alors mon premier vrai Halloween je l’ai vécu, comme toutes mes premières fêtes américaines, par l’intermédiaire de ma fille ainée. C’est à travers elle que notre bon vieux calendrier français a été remplacé, mois après mois, par le calendrier américain.

Halloween est arrivé quelques semaines après son début à l’école. La maitresse a passé une note détaillée dans les sacs des enfants demandant aux parents de les déguiser pour un défilé dans le quartier. Nous vivions à Palo Alto et le quartier de l’école se prêtait parfaitement à ce genre d’évènement. Les déguisements devaient être appropriés pour les enfants. Rien d’effrayant. Pas de rouge imitant le sang. Pas d’armes. Même fausses. Le choix était limité car les magasins regorgeaient de costumes plutôt dans le sanglant et le très effrayant.

« Je veux être un chat, » m’a dit ma petite fille.

J’ai trouvé sans problème un kit incluant une paire d’oreilles, une queue et des pattes de chat en fausse fourrure noire chez JC Penney et ma petite a enfilé sa paire de leggings et son sweatshirt noirs. Elle était trop mignonne.

« Il ne te manque que les moustaches, » lui ai-je dis en admirant son costume.

« Maman, les chats n’ont pas de moustache. Ils ont des whiskers. »

Dès son entrée à l’école le français et l’anglais ont cohabité, les deux langues alternativement utilisées, dépendant de ses connaissances en vocabulaire.

« En français, tu vois, on dit moustache que ce soit pour celle des hommes ou celle des animaux. On n’a qu’un seul mot.»

Avec un crayon noir pour les yeux je lui ai dessiné une paire de moustaches de chat.

Le jour d’Halloween tous les enfants de l’école étaient adorables dans leurs costumes de fée made in Disneyland, de gentille sorcière ou de pirate sans armes. Bien sûr j’ai trouvé la mienne la plus adorable et je lui ai dit après le défilé dans le quartier.

« C’est à cause de ma moustache, » m’a-t-elle dit en anglais. « C’est une très jolie moustache. »

Trois autres enfants et six déménagements sur les deux côtes des US ont suivi ce premier Halloween. Aucun n’a été semblable au précédent. Il y a eu Halloween en Californie et dans le Massachusetts, dans nos différents voisinages, dans celui des copains des enfants, dans des quartiers piétons, et à la montagne où le traditionnel trick or treat est remplacé par trunk or treat : les friandises sont placées dans le coffre des voitures décorées pour l’occasion et regroupées sur une plazza commerciale parce que grimper les collines pour aller frapper à la porte de tous les voisins est un vrai marathon.

Les costumes et les bonbons se sont succédés et la surprise de découvrir une fête qui en 1991 n’était absolument pas célébrée en France a bien sûr diminué.

Mais le soir d’Halloween, quand les cris d’excitation des enfants déguisés et dopés au sucre percent la nuit, quand les citrouilles creusées au canif et remplies de bougies éclairent les allées et le seuil des maisons, je retrouve pour une nuit l’étonnement et l’émerveillement qui accompagnaient mes premières années aux USA.

Mon premier Halloween inclus.

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Trackbacks

  1. […] Beaucoup de souvenirs que je vous livre pour une fois en anglais et en français. […]

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