Quand les Hommes Sont en Cuisine

HPIM4789Mes filles qui sont à l’université sont rentrées pour un long week-end. Je ne les avais pas vues ensemble depuis la reprise des cours mi-août et j’étais super heureuse de les avoir à la maison. Pour leur frère, le plus jeune des quatre, leur venue était un break bien mérité. La compagnie de papa et maman ça va un moment.

Pour les parents c’était l’occasion de mettre les petis plats dans les grands. On se rappelle trop bien du restau U, zéro étoiles au Michelin. On a comparé nos souvenirs : province ou Paris, c’est du pareil au même.

Donc ce week-end on a fait d’une pierre deux coups.

Nourrir deux étudiantes affamées et s’en servir de cobayes pour tester des nouvelles recettes pour Thanksgiving (jeudi 28 novembre).

Depuis notre premier Thanksgiving en 1991 quand, vu la taille XXL de la dinde, nous en avons mangé pendant dix jours, il a coulé du cidre pétillant et du jus de Cranberry – les deux boissons non alcoolisées préférées des américains pour Thanksgiving – sous les ponts.

Le pays a changé et intègre de plus en plus d’éléments culinaires, venant des différentes cultures présentes aux US, ainsi que des recettes plus légères au menu traditionnel de Thanksgiving.

Chez nous, les enfants ont grandi et leurs parents sont devenus de meilleurs cuisiniers.

Il est temps d’avouer que tous les français et toutes les françaises ne sont pas des dieux dans la cuisine juste parce qu’ils sont nés en France.

Avant d’avoir ma première fille, née à Paris, mes talents culinaires se limitaient au plateau de fromages (on a de quoi frimer avec nos fromages français), salade verte aux noix (super bon avec le fromage) et vin rouge (super bon avec le fromage).

Evidemment le pédiatre a changé un peu tout ça en me donnant des ordonnances qui ressemblaient à des menus pour fins gourmets. Je suis devenue reine des purées en tous genres.

Hélas, le déménagement aux Etats Unis a mis un frein à mes exploits.

Entre le système métrique et celui des unités standard en vigueur aux USA, j’ai connu un moment d’égarement. Heureusement j’avais glissé dans mes malles d’immigrée une balance de cuisine française offerte par ma maman quand elle espérait que je devienne un cordon bleu. Elle faisait trop bien la cuisine pour que je fasse un effort. J’ai un peu pataugé avec les conversions, mais je n’ai fait mourir personne de faim, ni rendu personne malade après mes diverses expériences. Et toutes ces années passées à collectionner les recettes qui me mettaient l’eau à la bouche ont fini par porter leurs fruits. Je fais à manger et occasionnellement un peu plus.

Mais la plus grande surprise vient de mon mari. Ses Gérard de Villiers et Simenon sont en passe d’être détrônés par les bestsellers des chefs américains Michael Mina, Thomas Keller et leurs copains.

Quiconque a des enfants sait que l’exemple est cent fois plus efficace que le baratin. Du coup le garçon imite son papa dans la cuisine et il nous a fait hier midi une pizza tomates/mozzarelle plus que décente.

Super quand je pense aux hommes qui m’entouraient quand j’avais l’âge de mon fils. Les spécialités culinaires de mon père – je l’aimais beaucoup – étaient les œufs au plat et le steak sans frites. Mais il en faisait plus que la moyenne. Il cueillait dans le jardin tout ce dont ma mère avait besoin pour la cuisine et il essuyait et rangeait la vaisselle quand il était à la maison. Le seul de mes oncles qui faisait la cuisine était célibataire. Les autres souriaient gentiment de ses talents de pâtissier.

Oui vraiment, les choses ont changé, me suis-je dit en voyant mari et fils en cuisine ce week-end.

Pendant ce temps les filles faisaient leurs devoirs et préparaient leurs tests. Ensuite elles se sont mis les pieds sous la table, et ont dégusté en vrais critiques gastronomes les petits plats de papa et petit frère et les desserts de maman. Dans leurs plans d’avenir il n’y a pas de place pour la cuisine. Elles veulent changer le monde.

Le vrai changement dans mon opinion c’est que papa et petit frère sont complètement d’accord avec leurs plans.

Et j’y vois un avantage personnel immédiat : ces talents masculins combinés me permettront de me glisser près des filles à la table de Thanksgiving. Je confectionnerai une tarte ou deux, histoire de dire que j’aurai mis la main à la pâte.

Pour le reste, nous les filles on discutera de nos plans pour changer le monde et du nombre d’étoiles à décerner aux deux chefs.

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