This Land is Your Land

J’écoute énormément la radio quand je conduis.

The California Report avant 7 heures du matin me donne les news locales et celles de l’état. Plus tard il y a la météo mais là je n’ai pas besoin de la radio. Le temps est magnifique, et c’est un pur régal de rouler les fenêtres ouvertes et d’admirer la Sierra se découper clairement à l’horizon après les incendies et la chaleur de l’été.

Et puis il y a A Moment in Time en direct de Richmond, Virginia. Dan Roberts est à l’origine du radio show syndiqué dont le but est de présenter en quelques minutes des moments ou personnages clés de l’histoire au grand public.

Pas mal pour redonner un coup de verni à ses connaissances historiques.

Depuis trois jours je l’ai entendu parler de Napoléon Bonaparte. En bonne petite française je me souviens du grand homme, malgré sa petite taille, et je connais encore les paroles de cette chanson stupide d’écoliers: Napoléon est mort à Saint Hélène …

Voici un extrait de A Moment in Time de ce matin. Vous pourrez lire l’intégralité sur le web.

« Napoleon was no democrat, but was canny enough to retain many of the outward symbols of the Revolution, and wherever his armies conquered, they took with them the sentiments of “liberty, equality and fraternity.” They also brought the often-insidious sentiment of nationalism, which today continues to plague many parts of Europe and its former colonies. »

Si votre anglais a aussi besoin d’un coup de verni :

« Napoléon n’était pas un démocrate mais était assez perspicace pour retenir les grands principes de la révolution française : liberté, égalité, fraternité que lui et ses armées ne manquaient pas de véhiculer. Mais ils transmettaient aussi les sentiments souvent insidieux de nationalisme qui aujourd’hui encore font des ravages à travers l’Europe et ses anciennes colonies. »

Le Monde hier titrait sur les problèmes liés au droit du sol et au nationalisme français. Ici les Etats Unis s’apprêtent à recouvrir, maintenant que la réforme de la santé est en route, le dossier sur l’immigration. Le droit du sol n’est pas mis en cause. Tout enfant né sur le sol américain est un citoyen à part entière même si ses parents sont en situation irrégulière.

Ces discussions me rappellent ma surprise teintée de choc lorsque je suis arrivée aux Etats Unis.

La présence extraordinaire de drapeaux américains, non seulement sur les places publiques, les édifices gouvernementaux, mais aussi dans les jardins des particuliers, voire sur leurs voitures sous forme de stickers et de fanions volant au vent, ne pouvait me laisser indifférente. C’était au cœur de la Silicon Valley, une région qui ne se définit pas comme faisant partie de l’Amérique profonde et conservatrice.

En comparaison, ma France provinciale puis parisienne montrait très rarement ses couleurs avec autant de fierté.

Plus tard, lorsque j’ai pris part aux festivités de l’indépendance américaine célébrée le 4 juillet, j’ai été très surprise de la ferveur patriotique des américains. Sans aucune relation avec leur origines sociales et culturelles.

Une française ne pouvait que remarquer que les américains, des plus pauvres aux plus riches, partageaient un amour égal pour leur pays.

Un peu sentimental et borderline too much, mais une réalité quotidienne aux USA.

Un américain critiquera son gouvernement et ses hommes politiques mais se tournera vers son drapeau le moment venu. D’ailleurs dans la plupart des écoles aux Etats Unis les élèves récitent le Pledge of Allegiance tous les matins, la main droite sur le cœur et les yeux tournés vers le drapeau dans leur classe ou dans la cour de l’école.

Ici le sentiment de nation existe tout autant qu’en France et en Europe. Mais pour la majorité des américains cette nation inclut tous ceux qui vivent sur le sol. Bien sûr que peu supportent une immigration incontrôlée et souhaitent voir se mettre en place un minimum de règles pour endiguer l’immigration illégale. Mais en comparaison aux problèmes que la France et l’Europe vivent, l’assimilation ici est un rêve.

Il y a une importante distinction entre nationalisme et patriotisme, et ici aussi je croise des américains qui sont plus nationalistes que patriotiques pour mon goût.

Il m’est arrivé, comme à toute personne d’origine étrangère vivant n’importe où dans le monde, de rencontrer des gens qui n’apprécient pas mon accent et voient d’un œil inquiet la présence de gens venus d’ailleurs. La peur de l’étranger existe. Partout. Aussi aux Etats Unis. Même en Californie.

Mais quand les feux d’artifice du 4 juillet éclatent aux quatre coins du pays les origines ethniques, culturelles et politiques ont rarement leur place.

Le plus pauvre des américains, en dépit de recevoir parfois si peu de son pays, reste si fier d’être américain qu’il est certain de vivre dans le plus beau pays du monde et ne doute pas une seconde que son pays fasse encore rêver.

Je ne sais toujours pas expliquer par quel tour de magie un étranger qui pose les pieds aux Etats Unis devient presque instantanément américain et parfois plus américain qu’un américain installé depuis plusieurs générations.

Ce n’est pas pour la protection sociale ni pour se la couler douce que les gens continent de peupler les US.

C’est peut-être dans l’eau, mais plus vraisemblablement lié au désir de ceux qui arrivent de faire partie de ce mouvement permanent d’immigration qui est le ciment des Etats Unis.

Comme la majorité des français je n’avais pas de drapeau chez moi quand je vivais en France.

Comme la plupart des familles américaines la mienne a aussi un drapeau– il a été offert par nos voisins quand mon mari est devenu citoyen américain  – et nous le hissons à l’occasion des fêtes américaines.

Et quand il vole sous la brise californienne je me souviens que ce pays est celui de mes enfants nés ici et le mien par adoption.

Mais je ne pense jamais que ce sol que je foule est moins le mien ou plus le leur ou plus le mien et moins le leur.

Ici on chante parfois ce chant que j’ai appris il y a longtemps quand mes enfants sont entrés à l’école. Je ne sais pas si c’est la réponse à l’assimilation mais cela ne doit pas faire de mal. Tout va toujours mieux avec de la musique.

HPIM3609

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