Un Avant Gout d’Automne

Hier matin alors que je me préparais à rejoindre ma copine pour notre marche hebdomadaire, je suis revenue sur mes pas chercher un Polaire.

Une première pour un mois de septembre. La vue sur Yosemite était imprenable maintenant que l’incendie est finalement maitrisé. De gros nuages blancs se baladaient paresseusement sur un ciel qui semblait avoir été lavé et rincé à grande eau.

J’ai retiré mon Polaire après un quart d’heure de marche sous un soleil digne d’un mois d’août sur la côte d’Azur.

Mais en rentrant chez moi le ciel s’est obscurci et j’ai pensé que nous aurions peut-être un peu de pluie. Ici on en rêve au milieu de l’été interminable tout en sachant qu’elle n’arrivera que vers novembre dans le meilleur des cas.

Mais vers quatre heures quelques gouttes lourdes de chaleur se sont écrasées sur l’herbe rase et brûlée de la Sierra. Je les ai accueillies avec gratitude. Il n’a pas plu depuis six mois. Et l’idée d’une soirée passée à l’intérieur, un peu comme lorsque la première tempête de neige recouvrait de blanc le bocage normand de mon enfance, m’a semblé irrésistible.

Rapidement les gouttes grasses se sont transformées en pluie. Les cyprès et les eucalyptus se sont ployés sous les bourrasques de vent, et par précaution mon mari, en dépit de l’eau qui tombait en rideaux glacés, a mis sous le porche les chaises de la terrasse. La pluie torrentielle cinglait les fenêtres alors que le tonnerre roulait dans la vallée.

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L’électricité a vacillé avant que nous ne perdions totalement le courant.

« L’Internet est down ! » a crié mon fils du fonds de sa chambre.

Moi je pensais au plat de poulet, tomates, crème fraiche, et moutarde de Dijon qui allait nous passer sous le nez si la panne durait. Mon idée de soirée à l’intérieur n’incluait pas une panne de courant mais plutôt un bon film français.

J’ai pensé qu’à la place  je risquais de me retrouver devant une partie d’échecs à trois – cadeau d’anniversaire d’une des filles à son papa.

Je suis nulle et mes deux partenaires plutôt bons.

Pour une fois j’aurais été celle qui aurait regretté le plus l’absence d’Internet.

En fait la tempête aura duré moins de dix minutes.

Le ciel s’est éclairci sur la vallée et sur le lac au sud de chez moi. Au dessus de Yosemite, cependant, des nuages plombés se déplaçaient avec la promesse d’une autre tempête sur la montagne. L’air était chargé de cette odeur unique des sols gorgés de mois de soleil et privés d’humidité.

On a tout de même mangé le poulet. Un barbecue à gaz on apprécie dans ces cas là. Et on a diné aux chandelles. Toujours super les bougies sur une table.

L’électricité est revenue à 20h.

J’ai échappé à la partie d’échecs. Mes joyeux compagnons sont repartis vers leurs écrans préférés.

Et j’ai terminé mon bouquin.

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