Etre une Femme (plus si jeune) aux Etats Unis

Hier matin à la gym, alors que nos chemins convergeaient vers la même machine de torture, un jeune homme s’est effacé devant moi me laissant utiliser l’engin avant lui.

J’interprète cet instant à la façon d’un test de magazine féminin:

1-    j’ai l’air si vieille que la crainte de me bousculer et de se retrouver avec un procès a été plus forte que son envie de travailler ses triceps avant moi

2-    il aime sa maman, et comme j’ai l’âge de pouvoir être la sienne il est normal qu’il ait agi comme il l’a fait

3-    il a simplement respecté le principe américain ‘first come first serve’ et peut-être avais-je en effet un centimètre d’avance sur lui

4-    il est particulièrement attentif et aurait fait la même chose avec n’importe qui d’autre

5-    il a été éduqué ailleurs qu’aux Etats Unis avec des principes qualifiés ici de machistes et s’efface devant les femmes, quel que soit leur âge

6-    il a lu le New York Times Style Magazine

 

Cet article est un éloge à la France où d’après le journaliste la vieillesse n’est pas un obstacle à la  beauté des femmes et à l’intérêt que les hommes continuent à leur porter.

C’est sans doute exagéré. Mais il y a un parfum de vérité.

L’une des différences fondamentales entre les Etats Unis et la France, à mon avis, est en effet cette course américaine vers la jeunesse éternelle versus une acceptation plus naturelle de la vieillesse et ultimement de la mort.

Quand je suis arrivée aux States, beaucoup de choses m’ont surprise. Je pouvais avoir passé dix ans à Paris, je n’étais pas blasée, et l’Amérique m’a envoutée sans faire d’efforts au point de ne pas trop manquer la France. Désolée.

Mais les français m’ont parfois manqué. Les français pas les françaises. Encore désolée.

Les français en France m’ont parfois semblé un peu lourds et trop entreprenants mais tout à coup dans ce pays où la séduction n’est pas le point fort, ils m’ont manqué. Un peu.

Il est vrai que j’avais un bébé et que j’étais enceinte. Quand même. En France il s’en trouvait toujours plusieurs à m’offrir leur siège dans le métro. Je veux croire que ce n’était pas seulement par pitié.

Je me suis habituée à un pays où les hommes sont beaucoup plus discrets quand ils regardent les femmes – ils les regardent quand même – et n’osent pas leur parler de crainte d’être accusés d’harassement – je ne les blâme pas, cela arrive.

Même notre président s’est fait taper sur les doigts quand il a fait un commentaire publique très malheureux sur l’apparence physique d’une femme.

C’est compliqué l’égalité entre hommes et femmes, et les hommes marchent sur des œufs. Moi aussi je veux que nous soyons reconnues pour nos talents et compétences plus que pour la couleur de nos yeux – en plus c’est rarement nos yeux qui sont les stars. Bénéficier d’un coup de pouce parce que nous sommes encore à la rame est condescendant. Non merci.

Il reste cela étant exact que très vite les femmes deviennent invisibles aux Etats Unis. Les films qui sont le miroir de nos sociétés le prouvent. Qui peut donner le nom d’une actrice américaine de plus de cinquante ans qui fait les têtes d’affiche ? Of course c’est impossible. Les acteurs de leur âge sont en tournage avec leurs filles.

L’article du New York Times cite la réalisatrice de cinéma Carol Banker – la série Glee, c’est elle. Elle a cinquante et un ans et dit que si elle entre dans un bar, elle pourrait être un fantôme que ce ne serait pas diffèrent.

Et Clooney ?

En ce qui concerne mon jeune américain d’hier matin, je soupçonne qu’il s’était levé du bon pied, était donc de bonne humeur, et juste un peu moins américain que la moyenne.

Quant à moi, j’ai réglé le problème il y a bien longtemps.

J’ai dit oui à un français.

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