Une Envie de Déménagement

Sans vouloir me vanter, les déménagements c’est un peu ma spécialité.

Peut-être parce qu’enfant je n’ai déménagé que deux fois – la première fois j’avais moins d’un an, ça doit compter pour du beurre – je me suis rattrapée dès la fin du lycée.

Entre mes déménagements français et américains j’ai bouclé mes valises quinze fois.

Un aspect positif des déménagements est de se débarrasser de vieilleries. Dur pour moi : j’adore les vieilles choses qui me rappellent toujours un souvenir que je trouve  immanquablement meilleur une fois que j’y ai rattaché un objet. Mais limiter ses acquisitions et se séparer de l’inutile est indispensable si on ne veut pas louer toute la flotte de camions chez UHaul à chaque fois que l’on change d’adresse.

En fait je réalise en écrivant ces mots que je n’ai pas déménagé depuis plusieurs années et que je commence à amasser des tas de choses superflues comme les gens qui ne déménagent pas assez.

Mais bon, ce sera mon problème quand le moment arrivera.

En réalité, cela devient par personne interposée, mon problème immédiat.

L’une après l’autre, mes filles quittent la maison pour poursuivre leurs études supérieures.

On pourrait croire que c’est un bon coup de pouce au ménage que je viens de mentionner. En fait tous ces départs sont un peu durs.

D’abord on ne s’en rend pas compte. La première année de fac se passe généralement sur un campus. En Californie, toutes les universités du système University California, par exemple, obligent les élèves de première année à vivre sur le campus et à partager une chambre avec un ou deux autres étudiants.

Si vous avez mis les pieds dans un dorm américain, vous savez que c’est le seul endroit aux U.S. où l’on empile les gens les uns sur les autres. Les ados disent au revoir à leur Queen bed. Certains, pour la première fois de leur vie, dorment dans une chambre plus petite que leur placard à vêtements. Amener plus que ses fringues, ses bouquins, son laptop, son iPod, et son smart phone est ouvrir la porte à une année passée à déplacer chaque objet l’un après l’autre pour pouvoir poser le pied par terre tous le matins.

Il parait que partager un espace exigu renforce les relations humaines et favorise l’ouverture d’esprit sur les autres et leur style de vie personnel.

Cela ne doit pas marcher à 100% car dès la seconde année les étudiants se précipitent hors des campus. Commence alors la chasse à l’appart le plus grand pour le meilleur prix. Traduction : on doit trouver des copains ou copines pour partager le loyer.

Ce week-end c’est le tour de ma plus jeune fille.

Et papa et maman, malgré leur entrainement qui les a endurcis et rendus presque immunes aux émotions que suscitent les déménagements, ont le cœur un peu serré de voir une autre page de vie se tourner sous leurs yeux. Je ne parlerai pas des émotions du papa. Toutes les mamans savent qu’ils ne veulent pas voir leur filles grandir.

Moi, quand les filles ont commencé à partir j’ai un peu honte d’avoir pensé : Moins de vêtements à la maison ce sera moins de lessive et donc plus de temps à lire et à écrire. Evidemment, maintenant que les sweatshirts passés par le soleil, les robes trop courtes, et les jeans trop élimés sont les seuls locataires des tiroirs de commodes et des penderies, et que plus une seule chemise ou écharpe ne trainent sur les chaises, je me prends à regretter les machines à laver regorgeant de linge sale.

Vivre au quotidien avec quatre enfants peut être épuisant et laisse assez peu de temps à la rêverie et à la farniente. Je devrais donc me réjouir, mais regarder une chambre se vider peu à peu et une maison s’habituer au silence donne le blues.

Mais j’ai aussi fait vivre ces expériences à mes parents quand j’étais étudiante, alors ce matin j’ai décidé d’être positive. Mon petit cafard ne devait en aucun cas gâcher l’enthousiasme de ma fille.

En fait je n’ai pas eu besoin de me forcer.

L’appart qu’elle va partager avec trois copines est super. Spacieux. Clair. Haut de plafond. Immaculé. Cuisine avec comptoir/bar. Il y a même un grand balcon, ai-je pensé, des chaises de jardin y seraient très bien pour lire quand il fait beau ou boire un café le matin avant d’aller en cours.

« Maman, » m’a dit ma fille, après chacun de mes commentaires enthousiastes. « C’est moi qui emménage ici. Pas toi. »

J’ai arrêté d’ouvrir les placards et de visualiser – à voix haute, je l’admets – les possibilités d’arrangement pour sa chambre.

Et oui, elle a l’âge et le droit de décider où mettre la tête de son lit et sa table de travail.

Moi, je sais que le bureau je l’aurais mis là où la vue sur les jardins communs est la plus belle.

Mais ce que j’en dis…

N’empêche, emménager sa fille dans son premier appart d’étudiante ça donne envie aux mamans de déménager.

%d bloggers like this: