Le Gout du Bonheur sur un Marché Californien

Après Williams dans l’Arizona nous avons roulé sur la Californie en évitant Barstow. On a attrapé un sandwich à Tehachapi, une petite ville de montagne à cheval entre le désert du Mojave et la vallée de San Joaquin. Je ne saurai donc pas si Barstow a changé depuis ma dernière visite.

Le choc des couleurs me surprend toujours lorsque je suis aux portes de la vaste vallée de Californie. Le vert qui caractérise la végétation si on roule sur la Highway 40, cède le pas au brun que l’une de mes amies insiste à définir comme ‘doré.’ Elle est native californienne d’où sa partialité, mais à sa décharge il est vrai que le fait de dire ‘doré’ et non ‘brûlé’ atténue un peu le choc. Franchement ? La vallée de Californie est tellement plus belle après la pluie.

Dans la baie de San Francisco on dit la vallée en référence à la Silicon Valley. Pour moi la vallée c’est ce berceau gigantesque qui nourrit notre pays et au delà.

Avec peu de précipitations naturelles, il aura fallu des travaux colossaux pour amener l’eau nécessaire à irriguer les hectares de plantation de vignes, d’arbres fruitiers et de coton. Cette vallée qui avait laissé Joad et les personnages des Raisins de la Colère bouche bée lorsqu’ils l’avaient découverte après un voyage inoubliable entre l’Oklahoma et la Californie ne cesse jamais de me choquer par sa beauté naturelle, sa puissance, et ses injustices.

Numéro un pour la production nationale en amande, olive, pistache, et raisins secs la vallée réussit aux propriétaires des exploitations gigantesques qui emploient des travailleurs saisonniers venant pour la plupart d’Amérique Latine, mais challengent les petits fermiers qui survivent difficilement.

grapes

Lorsque je me suis installée dans la Sierra je pensais trouver facilement fruits et légumes et éviter les supermarchés. Mais, contrairement aux grandes villes américaines où l’envie de frais s’est faite sentir plus tôt, ce n’est que cet été qu’un marché hebdomadaire s’est ouvert tout près de chez moi, autour d’un lac où j’aime marcher tôt le matin et tard le soir.

Par un hasard ironique, après avoir traversé la partie sud de la vallée nous sommes rentrés le jour du marché.

Les français savent depuis toujours qu’une tomate du jardin n’a rien à voir avec une tomate de supermarché. Les américains semblaient préférer la facilité des supermarchés, ne s’ouvrant que depuis quelques années au concept du Farmers Market. En fait ils y retournent, car avant les ouvertures massives de supermarchés, eux aussi fréquentaient les marchés locaux.

 

Hier soir vers 18h alors que le soleil colorait la Sierra d’orange et de rose, les petits étals de raisins, prunes, salades, tomates, et herbes ne pouvaient donner que l’envie de créer son propre petit jardin.

J’ai grandi avec un jardin derrière ma maison, mais je n’ai pas le courage de mon papa et je me contente d’herbes que je plante dans des pots. J’ai aussi l’excuse de vivre en territoire animal. Les biches et les lapins ne s’y trompent pas et adorent les dégustations gratuites de fruits et de salades. Je leur ai abandonné plus d’un oranger et citronnier.

En faisant mon marché j’ai parlé avec les fermiers qui sont venus chaque semaine depuis la mi juin présenter leurs variétés de fruits rouges, de pèches et de prunes, et aussi leurs oeufs frais et confitures faites maison. Certains ont conduit deux heures pour arriver ici.

« C’est loin, » a reconnu l’un d’entre eux. « Mais çà vaut le coup. Je me suis fait des clients réguliers et j’espère que le marché sera ouvert toute l’année. »

Moi aussi car le morceau de prune jaune que j’ai mangé avant de remplir mon panier m’a rappelé les fraises gorgées de soleil que je cueillais dans le jardin de mon enfance.

strawberries

Cette prune avait le gout du fruit qui pousse sur un arbre planté avec soin par le jardinier.

Le gout du bonheur pour celui et celle qui a la chance de le déguster.

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