Sur les Traces de Malko dans la Vallée de l’Hudson

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Poughkeepsie, New York.

« C’est là où vivait Malko dans ses débuts ! » s’est exclamé mon mari quand j’ai suggéré cette étape dans notre voyage à travers les Etats Unis.

« Qui ? »

« Malko, SAS. » Un soupir devant mon manque évident de culture.

Lorsque nous avons emménagé ensemble dans notre premier appartement parisien j’ai découvert avec un mélange d’étonnement et d’admiration la collection complète de l’œuvre de Gérard de Villiers de celui qui deviendrait mon mari. Par solidarité pour ses gouts littéraires et pour ne pas mourir idiote j’ai décidé de lire un SAS. J’avais l’embarras du choix.

« Ne te fies pas aux couvertures », a répété mon fiancé devant mon visage qui devait exprimer choc et admiration. « Même si elles se ressemblent les aventures elles sont différentes et de vraies leçons géopolitiques. » Vraiment ?

Des années plus tard – il y a juste quelques mois – le New York Times consacrera un article de fonds à SAS et Gérard de Villiers. Moralité ? Ne jamais sous estimer les avis littéraires de ses fiancés.

Ma maman quant à elle ne ment jamais mais veut toujours envoyer un cadeau qui fait plaisir. Elle a été très embarrassée quand son gendre lui a demandé le dernier SAS pour Noël il y a vingt ans.

« J’ai précisé que ce n’était pas pour moi, » m’a-t-elle avoué après avoir jeté un coup d’œil à la créature de rêve portant une kalachnikov en bandoulière en guise de haut de bikini.

« Poughkeepsie, » a répété mon mari avec émotion. «  Malko vivait dans un appartement pas terrible alors qu’il prétendait travailler chez IBM. Déguisement parfait pour un espion.»

Poughkeepsie c’est en effet IBM implanté dans différents quartiers et Vassar Collège, l’un des collèges privés les plus snob de la côte est des Etats Unis.

C’est aussi un centre ville dilapidé qui essaie, comme tant de centres villes américains, de remonter la pente. Aux maisons magnifiques du 19ème siècle succèdent des magasins aux vitrines vides qui évoquent une Amérique encore en convalescence.

Des prostituées s’appuient nonchalamment contre les murs couverts de graffitis en s’éventant avec des éventails fait maison. Il y a aussi un ou deux petits restaurants et cafés encore ouverts.

Nous dinons dans un restau au décor style loft – briques et poutres métalliques apparentes – avec des couverts élégants de sobriété et un mobilier de bois blond. Entrées et desserts sont de qualité supérieure aux plats principaux, comme dans tant de restaurants américains. Mais service à l’américaine oblige, notre serveur est très professionnel et super agréable.

Dans la vallée de l’Hudson, les petites villes se succèdent. Hyde Park, à quelques kilomètres au nord de Poughkeepsie sur la route 9, est la ville natale du président Franklin Roosevelt et aussi l’adresse du CIA ou The Culinary Institute of America. Anthony Bourdain, la star du show télé No Reservation et auteur à succès du livre Kitchen Confidential, est l’un des étudiants les plus connus qui soient passés entre les murs de cet établissement à la réputation internationale.

Ce matin nous choisissons The Apple Pie Bakery du CIA versus le buffet continental de l’hôtel – il y en aura suffisamment jusqu’à la Californie.

Des élèves en retard se précipitent vers les escaliers, grimpant quatre à quatre les marches de pierre pour ne pas manquer leur classe de 8h. De l’Hudson souffle une brise matinale qui gonfle leurs tuniques impeccablement blanches. Leurs pantalons pied de poule me rappellent avec nostalgie une France qui m’apparait surranée. Et ma brioche à la figue et à la frangipane me donne envie de prendre des cours de pâtisserie.

« Ce Gérard De Villiers, » constate mon mari, toujours branché Malko. « IBM, CIA, Poughkeepsie avait vraiment les ingrédients parfaits pour bâtir les débuts de Malko. »

Moi? Je resterais bien sur place jusqu’à ce qu’une table se libère chez Bocuse. Le français vient d’ouvrir un restaurant sur le campus du CIA et les réservations sont bouclées des mois à l’avance.

Je me dis qu’on devrait revenir.

Allez,  mon mari pourra même lire un SAS s’il le veut.

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  1. […] you read French, you can find out here why in the world I picked a town with a name I could barely pronounce. Si vous lisez ma langue […]

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