Le Cri du Plongeon sur le Lac

Un loonétrange été marqué par des orages de pluie, d’abord en juin en France et puis en juillet en Nouvelle Angleterre. Des averses si soudaines que je me suis prise à croire qu’elles accompagnaient mes moments de tristesse après la disparition subite de mon père.

Vers 15 heures aujourd’hui un nouvel orage a éclaté, transformant instantanément le lac en un océan miniature. Le vent s’est levé, ployant les grands pins et faisant tomber les branches mortes des plus vieux chênes. Les vagues claquant sur les coques des bateaux amarrés aux pontons ont fait sortir tout le monde de chez soi pour consolider les attaches.

Et le cri d’un loon a déchiré l’après midi.

Les loons – plongeons en français – sont une présence familière pour quiconque vit sur un lac en Amérique du Nord. Leur plumage noir évoque la soie, et leur cri inoubliable ne ressemble en rien à celui d’un canard ou d’une l’oie à qui ils sont souvent par erreur comparés.

Depuis mi-juillet j’ai suivi les aventures d’un couple de plongeons et de leur petit. D’un nageur timoré qui ne quittait pas le dos de ses parents, le bébé avait suivi des leçons poussées de natation sous l’œil parental attentif et exigeant jusqu’à ce que je le voie nager comme un grand par un jour de tempête.

Ce jour là j’avais aussi aperçu le dos luisant d’une loutre qui s’était glissée près du petit plongeon. J’ai supposé que la mère était celle qui donnait cette leçon essentielle de survie à son enfant. Son cri à la vue de la loutre avait été teinté de panique et d’avertissement. La loutre avait plongé silencieusement sous l’eau mais sans avoir pu manquer la présence du jeune plongeon en apprentissage.

Le lendemain le long cri poignant d’un plongeon a fait frissonner le lac.

La loutre a mangé le petit, me suis-je dit, et la mère pleure son enfant. Non, les loutres se nourrissent de poisson, pas d’oiseaux.

Mais je n’ai revu ni les parents ni le jeune plongeon.

Jusqu’à ce qu’aujourd’hui le cri strident retentisse de nouveau, laissant derrière lui un tremblement et un écho.

L’espoir irrationnel de m’être trompée m’a poussée sur le ponton.

Au milieu du lac un plongeon solitaire se laissait dériver, son cou tendu vers le ciel d’un bleu ardoise.

Est-ce qu’un soupçon d’espoir semblable au mien habitait l’oiseau ?

Quelques gouttes d’eau ont alors glissé dans mon cou et je me suis abritée sous le porche.

Un arc en ciel est apparu, et tout comme moi le plongeon s’est immobilisé devant ce cadeau inattendu.

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  1. […] enough to follow the growth of a baby loon, here on our little pond in Maine. I became a little obsessed, triggering nice mockery from my […]

  2. […] peu de temps les loons adultes rejoindront les côtes de l’Atlantique où ils passeront l’hiver. Leurs petits, nés […]

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