Monticello

Traverser les US en voiture, peu le font, et en tous cas rarement de deux points aussi éloignés que la Californie du Maine. Et définitivement moins souvent que ma famille ne le fait.

Voyager par avion depuis le 11 septembre 2001 a perdu beaucoup de ses attraits. L’attente avant un vol, la sécurité qui invente sans cesse de nouveaux moyens de fouille, et des vols bondés avec un service avoisinant le zéro, tout contribue à donner envie de se déplacer autrement.

Pour ma famille tout a commencé le 10 septembre 2001 quand mon mari a reporté au 12 son vol matinal du 11 en partance de Boston pour Los Angeles. Une invitation de dernière minute pour un diner le 11 septembre lui a sauvé la vie.

Coincé sans avion à Boston, il est rentré en voiture à la maison et s’il est arrivé, épuisé, sous le choc d’un évènement qu’aucun américain ne pouvait comprendre, ses yeux étaient pleins de paysages magnifiques, qu’il a eu envie de faire découvrir à sa famille.

Ironiquement la découverte en voiture de notre pays d’adoption est née de l’horreur du 11 septembre.

Depuis, chaque printemps nous préparons notre itinéraire et notre départ, essayant de mélanger les étapes pour satisfaire les gouts de chacun.

Cette année comme d’habitude il y a au moins une étape historique. Ce sera à Charlottesville en Virginie que nous passerons une après-midi et une nuit.

Charlottesville c’est Monticello, la résidence construite par Thomas Jefferson, le troisième président des Etats Unis.

Bâtie au sommet d’une petite colline, d’où son nom en italien, la résidence est entourée de montagnes bleues aux sommets arrondis et de jardins de fleurs et d’arbres superbes.

Jefferson a tout conçu ou presque à Monticello, et son exceptionnelle ingéniosité est visible dans cette maison superbe mais confortable.

La visite de Monticello est scindée en deux parties. La résidence n’est accessible que par une visite guidée de 40 minutes environ. Les jardins et les dépendances peuvent se découvrir seuls.

Jefferson c’est la déclaration de l’indépendance américaine, un homme farouchement libre, ouvert sur le monde, fervent défenseur de l’éducation, un amoureux de la France et de son peuple. C’est aussi un esclavagiste puisqu’à Monticello vivaient des dizaines d’esclaves dont une jeune femme avec laquelle il a eu un enfant.  La propriété somptueuse n’aurait jamais connu de telles heures de gloire sans ces esclaves qui assuraient l’intendance, du ménage à la cuisine en passant par l’entretien des écuries et des celliers, le soin des enfants ainsi que des jardins potagers et botaniques.

Jefferson qui ardemment défendait la séparation de l’église et de l’état, désirait plus que tout la liberté de pensée pour chaque être humain, et créa la première université en Virginie, ouvrant la porte à l’éducation pour tous, maintenait sous ses ordres et contre leur volonté des hommes, des femmes et des enfants à son service et au service de Monticello.

La ville de Charlottesville est aujourd’hui centrée autour de l’université de Virginie. Même au cœur de l’été des étudiants déambulent dans les rues, et les terrasses des cafés et restaurants sont animées de leurs conversations et rires. Ce sont des garçons et des filles de toutes origines ethniques et raciales.

A partir de Monticello on peut voir le dôme de l’université, fierté de Jefferson à la fin de sa vie, mais on oublie Monticello quand on est au cœur de la ville.

Comme si le fondateur de cette résidence hors du commun veillait encore sur son projet mais se retirait sur la pointe des pieds, laissant comme il l’avait annoncé le soin aux générations futures de s’occuper du sort de l’esclavage et par extension des relations entre noirs et blancs.

Relations qui demeurent hantées par un passé inoubliable.

 

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  1. […] is the link to the posts I wrote back then. One is written in French and the other in English. I re-read them and didn’t want to alter their content since they […]

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