Printemps Américain

Pour les parents d’adolescents, le printemps aux Etats Unis est marqué par des évènements importants même s’ils ne semblent avoir rien en commun, du moins en apparence.
Le premier est l’entrée ou rejet aux universités convoitées par les lycéens.
Le second est la prom, rendez-vous social essentiel pour la majorité des élèves junior et senior, soit en troisième et quatrième année au lycée. Les freshmen ou sophomores, première et seconde année de lycée, ne peuvent participer à l’évènement que s’ils sont invités par un junior ou senior.
Depuis que ma fille ainée est entrée en High School (lycée aux US) en 2005, ma famille vit à bord du grand navire qui navigue les quatre années remplies d’événements en tous genres de la vie des lycéens américains. Le collège (Middle School) et l’école élémentaire (Elementary School) ont aussi leurs propres évènements qui maintiennent parents et enfants très occupés mais la High School bat les records.
Du sport aux activités musicales, théâtrales et académiques intra et extra scolaires, en passant par les danses qui marquent les fins de semestre, les fêtes telles la Saint Valentin ou le winter formal  qui célèbre les fêtes de fin d’année, les ados américains ont des agendas aussi chargés que des chefs d’entreprise. 
Des quatre années de High School, la senior year ou dernière année est de loin la plus stressante tant pour les élèves que pour leurs parents.
J’ai quitté la France depuis trop longtemps pour avoir mémorisé les différents bacs qui sont offerts aux jeunes français et orientent leurs options pour leurs études supérieures.
Aux Etats Unis, c’est un mélange savant et relativement mystérieux qui régit l’entrée dans tel or tel établissement supérieur. La recette est si complexe que des tonnes de magazines et de livres sont publiés chaque année à l’usage des élèves et des parents pour mettre sur pied le meilleur dossier. S’il y avait une recette, tous les américains passeraient par Harvard.
En gros, ce sont les résultats au SAT (scholastic assessment test) que l’on peut grossièrement comparer au bac français, les grades obtenus en classe durant les années de lycée, et un dossier personnel mettant en valeur les qualités uniques de l’individu qui permettront à une université de dire oui ou non à l’entrée d’un élève dans leur institution.
Les candidatures sont faites à partir de novembre et jusqu’à début janvier dans l’année de senior. Les étudiants sont informés des résultats par mail ou parfois encore par courrier fin mars début avril.
Le mois d’avril est le mois des visites aux universités qui ont dit oui et dès la fin du mois les élèves doivent prendre leur décision.
Pas la peine de préciser que ces mois de préparation, d’attente et de décision sont un vrai roller coaster ou grande roue pour les parents et les ados. Vu le nombre de lycéens aux USA, la compétition est farouche. Parfois de grands rêves s’écroulent. Parfois une porte s’ouvre sur une université mythique. Malgré l’angoisse et les sueurs froides, le système marche plutôt bien car l’effort est presque toujours récompensé. Et puis, il y a tant de collèges et universités américains que chacun finit par trouver chaussure à son pied.

Cette année est le tour de ma fille cadette et les jours sont marqués par des moments d’euphorie et de panique.
Je ne sais pas si c’est l’éloignement ou l’âge mais tout cela me rend nostalgique de mon éducation française. Comme tout était facile quand l’université, pour la majorité d’entre nous, était la plus proche de la maison! Au moins pour quelques années avant de s’exiler à Paris ou dans une plus grande ville de province.
Mais pour ma fille et ses copains et copines de classe commence l’analyse des options qui leur sont offertes et la décision de quitter une région pour une autre, voire un état pour un autre, une côte pour une autre.

Comme l’ennui est le pire ennemi de l’américain, cette période de nœuds à l’estomac est couronnée par la prom.
Prom, l’un des mots américains les plus difficiles à traduire.
“Un gala, comme pour l’école de médecine?” me suggère une amie.
Non, parce que la prom est un évènement social de lycée qui n’a pas son équivalent à l’université où paradoxalement les danses sont moins fréquentes, remplacées par des parties entre amis.
La prom est une soirée dansante pour les juniors et seniors d’un même lycée. Les garçons ask a girl out, ou en français invitent une fille pour la soirée.  Ils sont encouragés à être créatifs car les filles peuvent refuser.
Certains laissent des petits mots dans le sac à dos ou casier de la fille qu’ils veulent inviter, d’autres font leur demande écrite avec des pétales de roses dans la cour ou sur une feuille de papier. La majorité opte pour un bouquet de ballons ou tout simplement de fleurs.
Parfois, certaines filles moins conformistes, comme deux de mes filles, invitent le garçon avec qui elles veulent passer la prom.
Dès que les deux sont d’accord pour aller ensemble, les préparatifs commencent.
La femme française que je suis encore parfois a du mal à dissimuler sa surprise et à faire taire son sens critique.
Aller à la prom est l’occasion rêvée pour faire un super shopping. Quoi du plus excitant pour un ou une américaine ? De la robe longue aux chaussures à talons vertigineux en passant par la coiffure et la manucure, sans oublier la pochette du soir, tout un rituel que je trouve plutôt démodé se met en place pour la fille.
Le garçon loue parfois un smoking ou tuxedo ici (tux en abrégé) ou met son plus beau costard. Assez rétro aussi pour des ados qui passent leurs vie en jeans et T-shirts avec des Nike ou Vans aux pieds.
Le plus amusant (pour moi en tous cas) est sans doute l’échange d’une boutonnière et d’un corsage entre les deux ados.
La fille offre une boutonnière à son cavalier. C’est un mini bouquet de fleurs qu’elle glisse à la boutonnière de la veste du garçon.
Quant à lui, il glisse au poignet de la jeune fille un bracelet fait de fleurs montées sur un ruban.
J’en profite pour leur donner une mini leçon de français.
« Une boutonnière et un corsage  sont deux mots français qui n’ont rien à voir avec la boutonnière et le corsage de la prom. »
Je leur donne les traductions. Ils me regardent avec de grands yeux et rient aux éclats.
Ce moment symbolique fait l’objet de beaucoup de photos prises par les parents de la fille parce que traditionnellement le garçon vient chercher la fille chez elle le soir de la prom. Ne pas oublier que le permis de conduire est accordé à l’âge de16 ans aux US.
Boutonnière et corsage ont été discutés auparavant pour être certains que les couleurs complètent la robe.
En plus, pour les puristes, et c’est la grande majorité, la robe de la jeune fille et la couleur de la cravate  du jeune homme doivent être similaires.
Si les deux ados sont boyfriend et girlfriend, le shopping se fait ensemble ce qui est plus facile. Autrement ce sont des échanges sans fin de texto et photos pour s’assurer que les couleurs des tenues sont identiques ou au moins vont bien ensemble.
Entre mes trois filles, je suis allée (virtuellement!) cinq fois à la prom. J’ai vu un certain nombre de robes longues, de chaussures élégantes, de maquillage et de coiffures élaborées défiler dans mon living room.
Les proms ont aussi des thèmes. Cette année, au lycée de ma fille, c’est casino royal.
Ma fille invite son boyfriend car il l’a invitée l’an dernier et ils partageront le prix du ticket d’entrée qui typiquement est pris en charge par le garçon. Tradition définit la pro. 
Le ticket donne droit à un diner et quelques photos du couple prises par un professionnel. Un ticket est $85 pour deux et $50 pour une personne. J’ai toujours trouvé injuste que le garçon ou la fille qui veulent aller danser seuls paient plus cher qu’un couple. Mais qui suis-je pour changer un rituel dont les plus vieilles dames de mon coin tranquille de Californie parlent encore avec des trémolos dans la voix?
Aujourd’hui, la factrice a déposé sous notre porche un très grand paquet et ma fille s’est ruée dès la sortie des cours sur LA robe qu’elle a choisie et tenu à payer.
Toute fille est belle dans une robe longue qui met son cou, ses bras et dos en valeur. Mais ma fille qui vient de fêter ses 18 ans il y a quelques semaines est particulièrement resplendissante dans cette robe qui est une seconde peau sur son corps jeune.
Elle parade dans la cuisine, en équilibre précaire sur des talons que la parisienne que je ne suis plus ne saurait porter. Son père sourit, mi moqueur, mi attendri. Sa fille ressemble à une mariée dans cette robe blanche et argentée dont le tissu soyeux accroche la lumière, et je sais que tout comme moi il aimerait arrêter le temps.
Mais on ne dort jamais aux USA et je fais seulement une pause.
Dans deux ans, ce sera le tour de mon fils de considérer ses études supérieures. Côté prom, je suis déjà prête.
Il n’a pas manqué une seule danse depuis qu’il a commencé l’école. Je sais que j’aurai droit à la cravate qui va avec la robe de la copine.  Et je n’échapperai sans doute pas au corsage non plus.
Un vrai séducteur français, mon fils. 
Avec les candidatures à l’université et la prom, on touche peut-être à quelque chose qui séparera sans doute toujours le style de vie à la française du american lifestyle.
Un penchant prononcé pour la discrétion, la vie privée et un certain cynisme versus l’attrait du doré, des célébrations qui marquent une vie, et la recherche du fun.
Les deux styles parfois se heurtent mais j’ai appris la cohabitation et à apprécier les plaisirs qui vont avec. 
Mes enfants en tous cas sont ici pour me le rappeler si j’oubliais. 

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  1. […] vous avez des enfants aux USA votre printemps est rempli d’évènements divers et variés. Si vous avez des adolescents qui s’apprêtent à […]

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